quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

La Party de rire de Blake Edwards : "la Party"

26/12/1994 à 23h19

SKORECKI Louis

Arte, 20h40, film

Satirique, autocritique, désenchantée, la comédie de Blake Edwards donne à Peter Sellers le rôle désopilant d'un hindou, figurant timide à Hollywood, qui est invité par erreur à une party du producteur du film. Un film-culte.

Quand la Party sort en 1968, le succès n'est pas au rendez-vous. Pourtant, avec les années, cette comédie de Blake Edwards a acquis un vrai statut de film culte, son comique devenant chaque jour plus contemporain. Le film possède en outre la très curieuse particularité de faire rire davantage à chaque nouvelle projection.

Blake Edwards est né le 16 juillet 1922 à Tulsa, dans l'Oklahoma. Famille de cinéma: son père était un célèbre directeur de production à Hollywood et son grand-père, à ce qu'on dit, avait été le réalisateur préféré de Theda Bara. Blake Edwards quitte les petits boulots de coursier et de figurant pour devenir acteur. Nous sommes en 1942 et il va vivre de petits rôles dans une vingtaine de films avant de partager, en 1948, la vedette d'un film de Richard Quine, Leather Gloves.

C'est aussi en 1948 que Blake Edwards se lance dans une carrière de producteur-scénariste. Il fait également ses armes dans le feuilleton radio et télé, en créant notamment deux excellentes séries en noir et blanc, Peter Gunn et Mister Lucky. C'est déjà Henry Mancini qui fait la musique.

La maladresse comme atout de charme

Il écrit plusieurs films pour Richard Quine (on se souvient avec plaisir de Drive a Crooked Road et surtout de la comédie musicale Ma sooeur est du tonnerre) avant de signer lui-même la mise en scène de l'Extravagant Mr Cory. En 1959, il dirige le couple Cary Grant-Tony Curtis dans un chef-d'oeuvre de mauvais goût, Opération Jupons.

Sa carrière est lancée: il passe de la comédie mélancolique (Diamants sur canapé) au thriller (Allô, brigade spéciale), du film acide (le Jour du vin et des roses) à la triomphale série des Panthère rose. Il y aura sept épisodes dans la saga de l'inspecteur Clouseau. C'est Peter Sellers, hilarant, qui campe à la fois Clouseau et Hrundi V. Bakshi, le héros bien involontaire de la Party.

Clouseau et Bakshi sont d'ailleurs cousins. Ils viennent à la fois du slapstick et du dessin animé, faisant de leurs maladresses les atouts principaux de leur charme. Dans le prégénérique de la Party, on voit un figurant hindou blessé qui doit sonner du clairon pour avertir les troupes. Il n'arrête pas de se relever et de jouer alors que des rafales de mitraillette l'ont cent fois touché. C'est un gag à répétition, dans lequel Peter Sellers nous fait mourir de rire.

Bakshi est donc cet hindou timide qui fait de la figuration maladroite à Hollywood. Il fera encore deux autres gaffes, porter une montre de plongée dans un gros plan quand l'action se passe en 1878 et, surtout, faire exploser le décor avant que les caméras ne soient prêtes à tourner. Le metteur en scène hurle: «Vous, vous sortez de mon set et de mon film. Je ferai en sorte que vous ne tourniez plus dans aucun film!» A quoi Bakshi répond, pince-sans-rire: «Cela inclut-il la télé?»

Mais une erreur fait qu'il est invité à une party que donne le producteur du film. Là, les gags s'enchaînent l'un à l'autre: il perd son mocassin dans une sorte de piscine intérieure, le retrouve sur une assiette de canapés, rôde, avec un drôle de sourire aux lèvres d'un invité à l'autre. Parfaitement ingénu, notre doux hindou rit trop fort, s'enthousiasme trop vite de la présence d'un cow-boy de cinéma connu, plonge innocemment sa main dans une assiette de caviar.

Un documentaire farfelu sur Hollywood

Pendant ce temps, l'un des garçons de la soirée, complètement saoul, accumule lui aussi les gaffes, envoyant un poulet dans la perruque d'une invitée et relayant Peter Sellers de gag en gag. Notre hindou se trouvera une amie dans la personne d'une ingénue française, Michèle Monet (Claudine Longet), starlette à la recherche maladroite d'un rôle. L'une des séquences les plus tordantes voit Peter Sellers chercher vainement un endroit pour pisser: la scène est interminable et notre hindou n'en peut plus. Quand il trouvera des WC, il ne pourra s'empêcher de les détraquer.

La Party est aussi un film mélancolique, sur le tard, avec une scène psychédélique qui rappelle qu'on est en 1968. La fille de la maison arrive avec une troupe d'amis et un éléphant peinturluré. Notre hindou insiste pour qu'on le lave et cette comédie farfelue se termine dans un gigantesque bain de mousse. Satirique, autocritique, désenchanté, la Party est aussi un formidable documentaire sur Hollywood et derrière le moindre rire se cache une blessure secrète.

Louis SKORECKI

Um comentário:

Anônimo disse...

Me extraña que no se oberve hasta qué punto la magnífica "The Party" es tributaria de "Play Time" de Tati, hecha un año antes.
Miguel Marías

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