domingo, 23 de agosto de 2015

La Règle du jeu

TPS CinéClub, 22 h 40

par Louis SKORECKI

Je n'aime pas le cinéma. Depuis quand au juste ? Dix ans, vingt ans, je ne sais plus. Je sais comment ça s'est passé mais pas quand. Ce n'est pas tant que les films devenaient mauvais (ils le devenaient), c'est que les spectateurs de cinéma, joyeux festivaliers et crétins à temps plein, devenaient eux aussi de plus en plus mauvais. S'il y a une chose dont je suis sûr, c'est que je ne faisais pas partie de ce monde, et qu'il faisait encore moins partie du mien. J'ai cessé de faire des films, j'ai surtout cessé d'avoir le désir d'en faire. Dans ces conditions, dira-t-on (on me l'a souvent dit), pourquoi continuer à écrire sur le cinéma ? C'est qu'écrire et aimer sont deux choses différentes. Le seul grand théoricien français du cinéma, qui n'est ni André Bazin, ni Serge Daney, mais Jean-Pierre Oudart, ne s'est jamais intéressé qu'à la peinture. Personne n'a jamais moins aimé le cinéma que lui. Ce n'est pas comme s'il avait un jour cessé de l'aimer, il ne l'a jamais aimé.

Parler de cinéma, écrire sur un film, c'est autre chose. Est-ce que j'aime la Règle du jeu, cette misérable valse de pantins aux relents antisémites curieusement sous-évalués ? J'ai adoré ce film pendant des d'années, le temps de me faire une idée. Aimer un film, c'est une question de morale, comme disait l'autre. Jacob Taubes, qui s'y connaissait en morale, a admiré l'oeuvre de Carl Schmitt toute sa vie, mais il n'a accepté de le rencontrer, in extremis, que quelques mois avant sa mort. De Jacob Taubes, penseur apocalyptique et révolutionnaire, on lira la Théologie politique de Paul (Seuil), ne serait-ce que pour se rafraîchir les idées. Il y est aussi question de haine du juif, un sentiment que Renoir a si bien connu qu'il a fait du petit Dalio, le héros hystérique de la Règle du jeu, une caricature de rastaquouère sémite. Les lettres et les appels au meurtre sont venus après. Avec Renoir, ce n'est pas si simple, dira-t-on. Ah bon ?

Nenhum comentário:

Arquivo do blog