segunda-feira, 31 de agosto de 2015

La vie est belle

LOUIS SKORECKI 18 JUIN 2002 À 23:59

Ciné Classics, 20 h 45.

Il y aurait dans les mélodrames politiques de Frank Capra un parfait équilibre entre sentiments et utopie, morale et joie de vivre, religiosité naïve et laïcité américaine. Comme toujours, les choses sont plus compliquées. Qu'est-ce qui se cache sous l'appellation Capra-Huston-Kubrick, du nom des trois cinéastes les plus fiers, les plus individualistes, du siècle dernier ? Vous avez dit cinéma ? Et s'il s'agissait plutôt de poser en metteur en scène, en producteur d'images ? Ni DeMille, ni Hitchcock, deux autres célèbres noms au-dessus du titre, n'ont laissé de côté le spectacle en tant qu'il s'évalue dans l'espace, en tant qu'il se pense. Va pour l'esthétique, pour peu qu'une morale de la forme l'habite. Capra, petit Renoir stressé, aime trop tisser sa légende pour avoir le temps de faire du cinéma. Pendant ce temps, là-haut, l'ange de la cinéphilie, celui qui sent si fort que les filles se bouchent le nez quand elles ont une question à lui poser, se tient les côtes à chaque fois que son regard se pose sur la file d'attente des Capra en devenir, petits messieurs pas encore passés de vie à trépas, mais déjà statufiés, célébrés, sanctifiés.

L'étrange beauté de La vie est belle fait tache dans l'oeuvre de Capra. Sa réussite tient à une sorte d'onirisme de cuisine, une manière de fantastique social, pour reprendre la belle expression par lesquels se définissaient eux-mêmes les tenants du réalisme poétique. Ce serait ça, Capra ? Ses légendes, ses oscars, ses stars, ce ne serait rien d'autre que les couillonneries de Carné-Prévert revues et corrigées par Hollywood. Les Enfants du paradis dans une banlieue middle class américaine. Sauf qu'il y a les acteurs. Il y a toujours les acteurs, prêts à brouiller le paysage. Dans La vie est belle, c'est James Stewart. Le génie conservateur à l'état pur. Dans le civil, il militait pour Barry Goldwater. Au cinéma, il militait pour le cinéma. Relire la Politique des acteurs (Luc Moullet, éditions des Cahiers du cinéma), juste pour comprendre ce qui sépare James Stewart du seul acteur à avoir humanisé Capra, Gary Cooper. Demain, on parle de cinéma. Demain, on parle de Jacques Tourneur.

SKORECKI Louis

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