domingo, 23 de agosto de 2015

Le Caporal épinglé

LOUIS SKORECKI 4 DÉCEMBRE 2002 À 01:59

Ciné Cinéma Classic, 22 h 30.

Pour ceux qui s'intéressent un tant soit peu au cinéma, il est impossible de ne pas voir que Renoir, le cinéaste Renoir, entre dans une période de réexamen. Quelle faute a-t-il commis pour se trouver là ? Inutile d'enfoncer le clou de l'antisémitisme de classe, un antisémitisme racial et hautain d'aristocrate dévoyé, pour faire ce procès-là. La faute de Renoir, c'est de n'être que Renoir, et pas Ford ou Grémillon. Non que le père Grémillon (ou le père Duvivier) surpasse le père Renoir. Dans une certaine mesure, le fils d'Auguste sera toujours le patron, comme l'avait baptisé l'un de ses enfants cinéphiles. La faute de Renoir, c'est précisément d'avoir bluffé ses enfants cinéphiles ­ tous ceux qui l'ont pris pour Ford sans même voir, au même moment, la silhouette gigantesque du vrai John Ford, dissimulée à leurs yeux sous les figures pittoresques de deux petits maîtres de génie, Hawks et Hitchcock.

Et le Caporal épinglé dans tout ça ?

Chef-d'oeuvre posthitlérien ou téléfilm pré-Depardieu ? Les deux, évidemment. La réponse tient dans la question. On rêverait que Depardieu, le vigneron Depardieu, le producteur Depardieu, trouve en face de lui ce gros monsieur au pantalon défait, au visage rigolard, à la gouaille surfaite, prêt à lui donner le rôle du jeune Claude Brasseur dans le Caporal épinglé (ou celui de Jean-Louis Barrault dans le Testament du docteur Cordelier, un vrai téléfilm, celui-là). Dans le Caporal épinglé, Jean Renoir rend presque génial, et presque sympathique, le jeune Bedos, c'est dire. Le problème n'est pas dans la tentation de la télévision qui guetterait Renoir sur ses vieux jours (il aurait fait un soap avec les exclus de Popstars s'il en avait eu l'occasion, et on aurait préféré ça aux pantalonnades néofascistes du Déjeuner sur l'herbe), c'est que cette télévision elle-même est déjà vieillotte à l'époque. Tant qu'à faire, le vieux Renoir aurait dû avoir la modestie de diriger en direct un épisode des Cinq Dernières Minutes. Le Renoir qui nous manque, c'est celui-là.

SKORECKI Louis

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