segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Le Harpon rouge

LOUIS SKORECKI 14 MAI 2002 À 23:27

Ciné Classic, 20 h 45.

Résumé des chapitres précédents. Dans les années 50, une poignée de jeunes gens timides (Godard), paranoïaques (Rivette), hautains (Rohmer), ou rigolards (Chabrol), réinventent le monde dans une officine luxueuse des Champs- Elysées. Ils écrivent dans une revue jaune au dos carré, moquée des intellectuels et des ciné-clubs, les Cahiers du cinéma. Pas le tract cinéphile qui plombe les finances du Monde. Pas le magazine people qui traîne dans les salles d'attente des dentistes. Les Cahiers du cinéma, c'était l'endroit où se tramait un complot contre le monde des idées sur le cinéma, un complot qui réussira finalement, au bout d'une vingtaine d'années (1955-1975), à convaincre l'univers marchand que ce qui était considéré comme une bonne blague de potaches (la politique des auteurs) était une vérité universelle. Qui douterait, aujourd'hui, que le cinéaste est l'auteur de son film ?

A l'époque, les deux réalisateurs-stars de la politique des auteurs, c'est Hawks et Hitchcock. Deux moralistes chrétiens, deux artistes, disent les Cahiers. Plutôt catho, le gros Alfred. Plutôt Wasp, le grand Howard. Culte mis à part, que reste-t-il de ces deux figures légendaires, méprisées pendant des années par l'establishment américain, qui leur préférait des académiciens de l'image comme Wyler, Wilder, Stevens, Zinneman ? Que reste-t-il de tous ces aventuriers, souvent plus obscurs que Hawks ou Hitchcock, aujourd'hui brandis comme autant d'étendards par ceux qui rêvent de prendre leur place, les Scorsese, Tarantino, De Palma ? Quand le premier crétin hollywoodien venu vénère Hawks ou Hitchcock, que reste-t-il de leur cinéma ? Pas grand-chose. Pas un mois sans qu'on ne fasse un autre remake de Scarface ou de Vertigo. Ce soir, c'est le Harpon rouge à la télé. Hawks, en 1932, c'est quoi ? On parlera de caméra à hauteur d'homme, d'amitié virile. Corruption des idées, paresse de l'âme. A part Scarface (1931), Hawks est un cinéaste académique pendant une bonne douzaine d'années. Sans le génie torturé d'Edward G. Robinson (marin-pêcheur dont la femme aime le meilleur ami), ce film ne serait qu'un sandwich thon-mayonnaise. Edward G. Robinson (1893-1973) faisait l'acteur pour s'acheter des tableaux de maîtres. Ford, Lang, Walsh, DeMille, Minnelli, Welles, Ludwig, il a joué avec les plus grands. Les acteurs sont le cinéma. Tout le cinéma.

SKORECKI Louis

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