quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Kid. Ciné Cinéfil, 12h.

Par Louis SKORECKI — 24 septembre 1996 à 10:13

C'est en 1921 que Charlie Chaplin réalise enfin son premier long métrage, le Kid, qui connaîtra un fulgurant succès. Le petit vagabond burlesque aura auparavant bien inquiété ses commanditaires: il met une année entière pour accoucher de ce film. Le plus miraculeux, c'est que rien de la pénible gestation du film ne transparaît à l'écran. Il y a, au contraire, une incroyable fluidité de récit, une transparence telle qu'on dirait que Chaplin a bouclé le film en trois semaines. L'histoire est bien connue: une femme au bord de la dépression (Edna Purviance) abandonne son bébé. Charlot, qui passe par là, se saisit de la petite chose emmaillotée et ne réussit plus à s'en débarrasser. Un agent de police l'oblige à garder l'enfant. Cinq ans plus tard, le bébé s'est transformé en kid, une version miniature du vagabond. Joué par l'adorable Jackie Coogan, le môme arbore une casquette délicieusement canaille et casse les vitres des maisons que son père vient ensuite se proposer de remplacer. Les aventures du vitrier et de son fils alimentent en gags aigus tout le début de l'histoire. Pourquoi Chaplin est-il tellement émouvant? Si l'on est bien attentif, il semble que c'est parce qu'il ose souvent regarder la caméra de face, injectant par là même une considérable dose de réel dans son cinéma. Dans les années héroïques de la cinéphilie française (1953-1968), il était de bon ton de dénigrer les joies populaires de Chaplin et de leur préférer le comique hautain et géométrique de Buster Keaton. Sûr que les films de Chaplin étaient vulgaires et populistes si l'on se plaçait d'un point de vue esthétique. Ce sont des films impurs, qui jouent sur plusieurs terrains, mélangeant volontiers les genres, passant du pur slapstick au pur mélo, du burlesque au sentimental. Aujourd'hui, on serait plutôt en train de préférer Chaplin l'impur à Keaton l'éthéré. Il prouve dans ce merveilleux Kid que l'art de l'enfance est aussi dur à inventer que l'enfance de l'art. Que les enfants sont les dieux cachés d'un cinéma nouveau, magnifiquement bâtard.

Louis SKORECKI

Nenhum comentário:

Arquivo do blog