segunda-feira, 24 de agosto de 2015

Le Mépris. Canal Jimmy, 22 h 45.

LOUIS SKORECKI 16 DÉCEMBRE 1999 À 02:00

Godard aussi? Le plus beau Godard à l'épreuve des Power Rangers? De qui se moque-t-on? Le Mépris, pourtant, avec sa trame minimale, ses poses alanguies, ne s'adresse pas spécialement à l'intelligence. C'est un méchant mélo qui parle au coeur, au sexe. Il parle tout court, d'ailleurs, même dans ses silences minéraux. Godard filme la mer comme une femme et Bardot comme une pierre. Du coup, la mer n'a jamais été aussi belle (sauf dans Moonfleet) et Bardot ne sera jamais aussi désirable. On ne désire que ce qui ne s'attrape pas. Une pierre, c'est parfait. ça glisse encore plus dans les mains qu'un poisson. Et la musique? Ces nappes de notes auxquelles on se rattache comme autant d'appels d'air, d'appels de fiction, est-ce du lard ou du cochon?

Georges Delerue, quand il enregistrait la partition lancinante du Mépris, savait-il que c'était la Pavane pour une infante défunte de toute une génération? Ou même deux générations. Debussy, Ravel, Bernard Herrmann? Et si c'était, pour les rêveurs des années 60, l'équivalent des «Co Co Co» répétitifs et têtus du générique des Power Rangers? On dira que la différence est d'ordre culturel. Que Godard instruit là où les Power Rangers ne font que s'agiter. Ah, bon? Qui remue de l'air? Qui fait du surplace hypnotique? Qui détruit son propre objet pour le plaisir d'en contempler, le plus longuement possible, les éclats? Godard n'apprend rien à personne, il est de la pure plus-value, trois notes de musique qui s'entêtent à revenir, une fille nue, un vieux cinéaste oublié. Qui déçoit? Les Power Rangers, eux, apprennent à jouer. A sauter. A se battre. A s'imaginer des cauchemars, transformés par magie en produits dérivés. Ils sont la culture, la vie. Mais ce qui réunit le Mépris et les Rangers, au-delà des générations, c'est le culte qui s'est constitué autour d'eux. Quelques notes du Mépris, quelques paroles de la chanson des Rangers, et le spectateur, celui de 30 ans, celui de 7 ans, part au quart de tour. On est tous les enfants du Mépris et des Power Rangers.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog