quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le mordant de Mordillat sur la guerre d'Algérie : ""Cher Frangin""

14/02/1995 à 01h11

SKORECKI Louis

Ciné Cinémas, 20h30, film

DEPUIS son premier film, Vive la sociale, Gérard Mordillat occupe une place à part dans le paysage du cinéma français. Il traite de sujets populaires avec un point de vue politique, souvent prompt à nous entraîner à sa suite dans ses souvenirs éblouis de môme du XXe arrondissement.

Quand Cher Frangin débarque dans nos salles en 1988, c'est le choc. Personne ne s'était vraiment coltiné une fiction qui mettait en scène la guerre d'Algérie depuis le film militant de René Vauthier, Avoir vingt ans dans les Aurès, en 1972. Cher Frangin raconte l'Algérie à travers les lettres qu'Alain envoie à son petit frère, Marius. Luc Thuillier joue Alain avec une sorte d'enthousiasme aphasique tandis que Marius est interprété avec gouaille par le petit Marius Colucci.

Avant de partir pour l'Algérie, on fait connaissance du milieu social d'Alain, ouvrier typographe. Une séance d'embrassades au cinéma Trianon, la petite amie (Julie Jezequel) qui lui apprend qu'elle est enceinte, et, bientôt, la décision de déserter. Malgré les faux papiers que lui donne son patron (Yves Robert), Alain est pris et doit rejoindre l'Algérie.

Après un séjour en prison, il est affecté à une brigade chargée d'une «offensive de pacification». Pendant que le petit Marius regarde les actualités triomphales, Alain déloge tous les habitants d'un village. On photographie les femmes de force et, le soir, par surprise, on capture les hommes. Les tueries sont abominables. Dénonciation de l'horreur au quotidien, Cher Frangin est un vrai film de gauche. Courageux. Lucide.

Louis Skorecki

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