segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Le Mouchard

LOUIS SKORECKI 9 MAI 2002 À 23:24

Paris Première, 21 h.

Ford a beaucoup menti sur ses films. Il ne parlait pas souvent, mais quand il parlait, il mentait. Il adorait ça, se foutre de la gueule des rares journalistes qui osaient l'approcher. Regarder son portrait par André S. Labarthe pour Cinéastes de notre temps. Pauvre Labarthe. Le vieux Ford se fout de sa gueule, prétendant ne pas entendre les questions. Sûr qu'il était sourd. Sourd mais pas à ce point. Sourd mais pas con. Sur ses films préférés, Ford a beaucoup menti. Si on veut avoir une idée de ce qu'il aimait, lire le livre de Lindsay Anderson, de préférence dans l'édition anglaise. Anderson est un mauvais cinéaste mais c'était l'un des rares intimes de Ford, presque un ami. Livre hautain et désagréable mais honnête. Chez Lindsay Anderson, au moins, pas de religiosité cinéphile, pas d'enterrement prématuré de l'une des oeuvres les plus énigmatiques du cinéma hollywoodien. Là, il ment moins, le vieux Ford. Il ment moins qu'à ce crétin de Peter Bogdanovich, ex-groupie bagué de Jerry Lewis à qui d'autres, le vieux Lang, le vieux Walsh, ont raconté n'importe quoi sans qu'il s'en rende compte.

Tout ça pour dire que le Mouchard était l'un des deux ou trois films préférés de Ford. Il détestait la Prisonnière du désert, faisant mine de l'aimer, sur le tard, pour ne pas décevoir les cinéphiles épris de cinéma filmé, de cinéma photographié. Ford aimait les chromos, pas la photo. Il adorait Dieu est mort, son plus mauvais film, histoire édifiante d'un prêtre traqué dans un pays totalitaire. Celui-là, il en était fier. Il aimait les images sulpiciennes, les églises, les chandelles. Il aimait l'expressionnisme outré du Mouchard. Il aimait l'Irlande, ce pays imaginaire pour lequel il militera jusqu'à la fin. Jusqu'à Young Cassidy, son dernier chef-d'oeuvre, celui qu'il n'a même pas eu besoin de mettre en scène. Généalogie ardente, imaginaire comme une prière. Le Mouchard, c'est l'histoire d'une grosse brute qui trahit la cause irlandaise par bêtise, par faiblesse. On est du côté du grand Abel Gance (Un amour de Beethoven), du côté de Samuel Fuller, qui adorait le Mouchard. Naked Kiss et le Mouchard, c'est pareil. Ford aimait beaucoup Fuller. Ces deux-là, c'était des amis.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog