sábado, 29 de agosto de 2015

Le Père de la mariée

LOUIS SKORECKI 30 AVRIL 2002 À 23:12

Ciné Classics, demain, 22 h 35

Contrairement à ce que laisse entendre son titre, cette jolie comédie de Minnelli ne parle pas des tourments d'un homme, mais bien d'une fille. Lui, c'est Spencer Tracy. Il est formidable, comme toujours, mais on peut imaginer des dizaines d'acteurs dans le rôle. Pour la fille, ce n'est pas pareil. Il s'agit de la petite Elizabeth Taylor, une dizaine d'années avant qu'elle n'hystérise Mankiewicz et Montgomery Clift dans son dernier beau film, Soudain l'été dernier. Le dernier beau film d'une actrice, c'est souvent le dernier film dans lequel elle est belle. On n'y peut rien, c'est comme ça. Le Père de la mariée, c'était il y a plus de cinquante ans, cinquante avant qu'Elizabeth Taylor ne serve tristement d'escort girl au bougnat mondain Henry-Jean Servat. Cinquante ans, un demi-siècle. Un siècle, un demi-siècle, c'est pareil. Pour le Père de la mariée, le premier épisode d'un diptyque sophistiqué (quelques mois plus tard, c'est le délicieux Allons donc, papa !), Elisabeth Taylor abandonne les rôles de fillette pour son premier vrai personnage de jeune fille, de jeune femme. Elle n'a pas encore 18 ans. Sans elle, il n'y aurait pas de film.

Si Minnelli et Liz Taylor s'entendent si bien, comme par enchantement, c'est que les enfants-stars, formés dès leur plus jeune âge à la discipline du studio, ça le connaît. Une poignée d'années plus tôt, il a épousé Judy Garland, qui est passée par les mêmes usines à formater les jeunes filles. Le vrai père de la jeune Elizabeth Taylor, ce n'est pas Tracy, c'est lui. Il la mène là où il veut, elle le mène là où elle veut. Elle le mène du bout du nez, ce nez adorable qu'elle n'a pas encore raboté à la chirurgie esthétique. Au même moment, en France, Jacques Becker tourne Edouard et Caroline. Cinéastes jumeaux, films jumeaux, hasards de la chronologie internationale. Mais le vrai chef-d'oeuvre matrimonial, Il faut marier papa (The Courtship Of Eddie's Father), Minnelli, mettra quasiment quinze ans à le mettre au point. Au noir et blanc magique de John Alton succèdent les teintes automnales de Milton Krasner. Minnelli transforme in extremis le diptyque en triptyque, dirigeant le grand Glenn Ford (Lang, Touneur, Boetticher, Capra, un parcours sans faute), comme s'il était Glenn Gould. Virtuosité, élégance, c'est tout Minnelli. Avec Elizabeth Taylor, en 1950, il se contente d'être royal.

SKORECKI Louis

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