sábado, 29 de agosto de 2015

Le Professeur

LOUIS SKORECKI 26 JUIN 2003 À 23:33

Ciné Cinéma Succès, 0 h 10.

S'attacher à un visage, ça ne se fait plus. Depuis que les ralentissements sentimentaux et les culbutes de voiture ont remplacé les rides des stars, c'est devenu une incongruité. Disons que c'est une approche du cinéma qui n'est plus de mise. Bresson faisait ça, Melville aussi. Cocteau a longtemps fait ça avec le beau visage de Jean Marais. Dans une moindre mesure, Cassavetes et Pialat faisaient ça. Dans une moindre mesure encore, Stévenin fait ça. C'est une approche religieuse de l'acteur, dans la droite ligne de Dreyer. Le visage de Falconetti, même un aveugle peut le voir. On touche une statue avec les mains, pas avec les yeux. Ces visages se touchent du bout des doigts, du bout du coeur, du bout de l'âme.

Le Professeur est l'un des films les plus attachants d'un petit maître du cinéma italien, Valerio Zurlini. Le programme de ce film morbide et langoureux (une morbidesse à l'italienne, pour un film sans équivalent dans l'histoire du cinéma), c'est de s'attacher à la géographie d'un visage, à la démarche d'un corps. Le visage et le corps sont ceux de l'acteur Alain Delon. Une douzaine d'années plus tôt, Zurlini s'était attaché au visage de Jacques Perrin, clone tout à fait convenable du jeune Delon. Dans la Fille à la valise (1961), Perrin promenait sa silhouette alanguie devant la caméra prédisco du jeune Zurlini, ancien étudiant d'histoire de l'art, reconverti cinéaste des amours adolescentes. Avec huit films en plus de vingt ans, on ne peut pas dire que Zurlini ait connu le succès d'un Antonioni, que ses romances aux airs de romans-photos décalés annoncent pourtant. Il faut situer Zurlini du côté des langueurs de traverse d'un Rozier, avec chansons tristes et dragues qui ne finissent jamais. Dans cette oeuvre irréprochable, le Professeur fait figure d'abstraction, à la limite de l'aphasie. Entre les murs lépreux de la ville et le visage de Delon, il n'y a pas de différence. Filmer un homme comme un mur, ça aussi, ça ne se fait plus.

SKORECKI Louis

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