domingo, 23 de agosto de 2015

Le Samouraï

LOUIS SKORECKI 6 MAI 2002 À 23:21

1967. Le pays, c'est la France, celle qui se souvient encore de ses résistants juifs, de ses résistants communistes, de ses résistants gaullistes. Le film, c'est le Samouraï. Depuis plus de trente ans, les pitres post-cinéma (Woo, Tarantino and Co) le samplent à tour de bras. Le cinéaste, c'est Jean-Pierre Grumbach, plus connu sous le nom de Jean-Pierre Melville. Il a gardé son pseudo des Forces françaises libres depuis son premier film (le Silence de la mer, 1949). Un juif, un gaulliste, un cinéaste. A force de vouer un culte à Moby Dick, Melville est devenu la baleine blanche des crétins américains et des tâcherons français. On le met à mort chaque année à coup de films harpons, de films tueurs. Les gangsters, pour Melville, c'était l'Odyssée, c'était la Bible. Pour ses pasticheurs internationaux, ce sont juste des gangsters. La culture, vous vous souvenez ? La mythologie, vous vous souvenez ? Le cinéma, vous vous souvenez ?

Le Samouraï n'est pas le plus beau Melville, c'est le plus simple. Un homme, une arme, un oiseau. Pas un film en chambre. Juste une chambre dans laquelle il y a un acteur. Il attend. Comme tous les acteurs, il attend la mort. Alain Delon, celui qui fait le gangster, l'homme à l'oiseau, ne sait pas encore que faire le gangster, c'est d'abord faire l'acteur. Il apprend. A vue d'oeil, ça se voit à l'écran, il apprend. Avec Melville, on ne triche pas. Une chambre est une chambre, un feutre est un feutre, un acteur est un acteur. Melville fait la leçon, personne n'écoute. Regardez bien. Ceci n'est pas un gangster. Melville filme les truands comme Magritte dessinait les pommes. Il demande le minimum à Delon, il lui demande juste de faire l'acteur. Les sons, il les enregistre après, en chambre, comme Tati.

Dans le studio à côté, Bresson fait du direct. C'est pareil. A ce degré de méticulosité, c'est pareil. Melville, Bresson, Tati, même combat. Delon mettra des années pour oublier la leçon du maître, des années à faire le gangster au lieu de faire l'acteur. En 1972, avec Delon, Melville fait son plus beau film, Un flic. Après, il n'a plus qu'à mourir. Melville était le seul résistant du cinéma français. Il résistait au vieux Gabin de la Traversée de Paris, au vieux Delon gabinisé, à la France qui vend ses juifs pour un sandwich. Melville n'était pas un personnage de cinéma. Quand ils se prennent pour leurs personnages, les gangsters de cinéma deviennent des gangsters.

SKORECKI Louis

Canal + Vert, 14 h 30.

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