domingo, 23 de agosto de 2015

Le Sergent noir

TCM, 14 h 35

par Louis SKORECKI

Fierté de faire partie d'un pays, de se reconnaître dans ses valeurs, au-delà de la couleur de la peau. Dignité, antiracisme. Ce n'est pas le programme d'un groupe de réflexion positive sur l'avenir des banlieues en 2006, mais celui d'un vieux cinéaste conservateur, un certain John Ford. Le patriotisme et l'antiracisme du Sergent noir, l'un des plus beaux films tardifs de ce grand maître du western, sont d'une belle actualité, mais au fond ils l'ont toujours été. A sa sortie, en 1960, le combat pour l'égalité et les droits civiques était loin d'être médiatisé par tout ce que l'Amérique compte de démocrates et d'hommes de gauche, de Martin Luther King à Bob Dylan. C'est dire le courage anachronique du vieux Ford à se frotter à cette histoire de racisme antinègre pendant la guerre de Sécession.

Un sergent noir est accusé de viol, c'est le pitch. Le film est un procès filmé, comme Hollywood a toujours su en réussir, au cinéma (avec Otto Preminger, par exemple) ou à la télé, avec Bochco (Murder One) ou Kelley (The Practice). Curieusement, les deux Preminger touchent aussi à l'armée: Gary Cooper incarne le général Billy Mitchell (Condamné au silence, 1952), Ben Gazzara interprète le lieutenant Mannion (Autopsie d'un meurtre, 1959). Les rites militaires et la solennité de l'uniforme semblent avoir été inventés pour les cours de justice américaines. Raideur idéale, hiératisme, silence. Le choix de Woody Strode pour jouer le sergent Rutledge est à cet égard remarquable. Epaules hautes, muscles noués, c'est un superbe étalon qui piaffe sous son uniforme, en silence. Pour voir ça, la télé, le cinéma, la lenteur, le théâtre filmé, il fallait un amnésique, quelqu'un qui s'est exilé de sa propre mémoire. Il fallait Skorecki. La télé, le cinéma, qui d'autre voit ça? Je suis dedans, je suis dehors. Je suis l'objet petit «a» du cinéma.

(A Suivre)

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