domingo, 23 de agosto de 2015

Le Sergent noir

LOUIS SKORECKI 10 OCTOBRE 2002 À 01:22

Ciné Cinéma Classics, 20 h 45.

Il y eut un temps où les procès américains faisaient de beaux films et même de beaux feuilletons judiciaires. Quand Bochco était aux commandes de la Loi de Los Angeles, par exemple, c'était une belle série éclatée, stylisée, réaliste. Mais les séries télé, et plus encore celles que survend un peu partout l'homme de la CIA téléphile Martin Winckler, vieillissent encore plus vite que les émissions d'Ardisson. Quand on veut faire du neuf avec du vieux, que ce soit du côté des Sopranos ou de Rive droite, rive gauche, on fait du vieux. Il est déjà loin le temps où David E. Kelley, le poulain surdoué de Bochco, a sauvé deux ou trois saisons de la Loi de Los Angeles, avant de faire son trou avec Ally McBeal. D'elle aussi, on s'est lassé. On se lasse de tout, même des lesbiennes anorexiques à la recherche du grand amour au pays de l'apartheid sexuel. On ne se lasse pas encore (ça viendra) de l'autre série «à procès» de Kelley, The Practice (20 h 50, dimanche, Série Club), un feuilleton judiciaire dont les plans rapprochés et la sécheresse rappellent en mode mineur le classicisme frontal de Condamné au silence, voire d'Autopsie d'un meurtre. Gary Cooper, James Stewart, Otto Preminger, on était dans la cour des grands.

Il n'y a pas que Preminger qui sache filmer un procès (il en a fait un troisième, celui de Jeanne d'Arc, avec une Jean Seberg immaculée, mais ceci est une autre histoire). Aucun fordien ne s'étonnera qu'on compare le classicisme oblique de certaines des meilleures séries de Bochco avec l'un de plus beaux Ford, le Sergent noir, merveille d'implacabilité et d'impassibilité datée 1960, entre Gideon of Scotland Yard (1958) et les Deux Cavaliers (1962). Faut-il en dire plus ? Quelquefois, les dates parlent d'elles-mêmes. Il s'agit ici d'un procès, le procès d'un militaire, le procès d'un homme noir. Qu'il soit noir est un détail pour Ford, un grand monsieur pour qui l'armée et l'uniforme, ainsi qu'une certaine idée de la justice de son pays, une belle idée conservatrice, comptent plus que la couleur de la peau. On aimerait être conservateur, des fois. Et si on l'était ?

Louis SKORECKI

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