domingo, 23 de agosto de 2015

Le Sergent noir

TCM, 20 h 45

Par Louis SKORECKI

Dire et redire que Ford n'est pas le cinéaste conservateur qu'on croit. C'est le seul des géants de l'usine hollywoodienne, avec Walsh et Dwan, à avoir combiné le classicisme frontal de D.W. Griffith et l'instinct baroque d'Orson Welles. Ses films sont aussi radicaux qu'intemporels, aussi progressistes que passéistes. Il suffit de revoir (plutôt que de s'attarder sur l'hypocrite et fade Cheyenne Autumn) le superbe Sergent noir pour s'en convaincre. Le sergent Rutledge est musclé comme un étalon et noir comme la nuit. Cela suffit-il à faire de lui un violeur ? Le film de Ford est un long procès, la défense et l'illustration de la vie d'un homme, de sa carrière, de sa morale.

Ne pas oublier que Woody Strode, 1,93 m, qui joue le sergent Rutledge avec un beau mélange de dignité et d'impassibilité muette, est le premier footballeur professionnel qui ne soit pas blanc, ce qui n'est pas rien pour l'Amérique. Pour nous, (bien plus que le très fade Sidney Poitier), c'est le plus grand acteur noir. Des Dix Commandements (DeMille) à Spartacus (Kubrick) en passant par d'innombrables séries télé, il a toujours été magnifique. Mais c'est avec Ford qu'il tourne ses quatre chefs-d'oeuvre tardifs, le Sergent noir (1960), les Deux Cavaliers (1961), L'homme qui tua Liberty Valance (1962) et Frontière chinoise (1966). Woody Strode et John Ford regardent le monde la tête haute, sans sourciller. Ils savent que le monde, c'est eux.

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