sábado, 29 de agosto de 2015

Le Temps d'aimer et le temps de mourir

LOUIS SKORECKI 8 MAI 2002 À 23:24

Action, 20 h 40.

Des cinéastes et des intellectuels, pas les plus cons, n'ont cessé de répéter que pour comprendre l'Allemagne hitlérienne, il fallait mettre en scène des héros allemands. Du troufion embarqué malgré lui dans la conquête aryenne au militaire qui fait son devoir, en passant par ces héros problématiques que sont les militants fascistes et leurs dirigeants. Le cinéphile ne comprend plus. De retour de manif avec sa classe, il ne comprend plus. Des héros, ces merdes puantes ? Oui, des héros. Tu n'as pas vu La mort est mon métier, le film d'un marxiste d'Allemagne de l'Est (pas les plus cons, ces enfants de Brecht), produit dans l'Allemagne réunifiée. Un film d'instituteur, un film sérieux. Il raconte la guerre du point de vue du commandant d'un camp de concentration. Le matin et le soir, il aime sa femme et ses enfants. La journée, il tâche d'éliminer le maximum d'enfants juifs pour faire de la place aux suivants, et hâter la solution finale. Sur le tard, Fuller avait un scénario de ce genre. Mais qui produirait ça ? Pour comprendre l'horreur, mets la tête dedans, c'était l'idée de Fuller. Tout le contraire des films de résistance officiels français, le contraire du Vieux Fusil, par exemple, dans lequel un bourgeois vieille France (Philippe Noiret) entreprend de tuer méthodiquement, sous les applaudissements du public, le maximum de Boches, de Boches ordinaires, le temps d'un film consensuel et raciste. La vengeance de classe, tu connais ?

Douglas Sirk, c'est autre chose. Autre chose, pour un cinéaste danois qui émigre en Allemagne, avant de s'exiler une seconde fois à Hollywood, c'est pareil. Le film qui boucle son exil hollywoodien, l'année où se boucle le cinéma (1958), c'est le Temps d'aimer et le temps de mourir. Un mélodrame brechtien, une merveille. L'amour d'un homme et d'une femme, deux Allemands, sur fond de guerre et de désespérance. Autant le dire tout de suite, ça finit mal. John Gavin fait Rock Hudson parce que Rock Hudson est trop cher. Pour un film pacifiste, un film pessimiste, il est trop cher. Liselotte Pulver fait Lauren Bacall, trop chère elle aussi. Erich Maria Remarque fait Erich Maria Remarque. L'amour aux chandelles dans Berlin en ruines. Au bout, la mort dans la boue. Même pas de regard caméra. Dépêche-toi petit, la manif a déjà commencé.

SKORECKI Louis

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