domingo, 23 de agosto de 2015

Le Théâtre des matières

Cinécinéma auteur, 18 heures.

par Louis SKORECKI

Tu t'inquiètes pour rien, dit Jacques, monsieur Edouard a changé. Tu verras, il est serein, communicatif. Il est juste un peu exalté, c'est tout, avait ajouté Caroline pour se rassurer elle-même. Il va bien, je t'assure, avait insisté Jacques. Il est heureux de la vie, voilà tout. Tu vois, je dis à Caroline, j'aimerais parler avec lui du premier Biette, le Théâtre des matières (je me rends compte que je parle tout bas, comme s'il pouvait m'entendre), mais j'ai peur qu'il me tombe dessus encore une fois, il a toujours détesté Biette, tu le sais bien. Mais Biette est mort, dit Jacques. Avec monsieur Edouard, répond Caroline, vous êtes bien placés pour le savoir, la mort n'y change rien, un ennemi reste un ennemi. Dès qu'on prononce son nom, monsieur Edouard se pointe au quart de tour. Le plus étrange, c'est qu'il sait déjà de quoi on parle.

Vous parlez de Biette, c'est ça ? On ne peut rien te cacher, dit Caroline, on disait que le Théâtre des matières était aussi beau qu'un Renoir. Le silence qui suit dure une éternité. Je regarde Jacques, il regarde ses pieds. Vous voulez savoir, dit finalement monsieur Edouard d'un drôle d'air que je ne lui connais pas, eh bien, je suis d'accord avec vous. Ce Biette-là, poursuit-il, sur le sentiment d'épaisseur, le sentiment de théâtre, le sentiment de matière, rappelle presque le dernier Ford, Frontière chinoise. Personne n'ose parler, on entendrait une mouche voler. D'ailleurs, en voilà une, elle tourne autour de monsieur Edouard comme s'il était le centre du monde. Caroline se décide la première, elle s'étonne qu'il compare Biette à son Ford préféré. Sonia Saviange dans le Théâtre des matières, dit rêveusement monsieur Edouard, c'est aussi beau que Machiko Kyo dans un Mizoguchi ; et Howard Vernon, c'est comme Cocteau dans un Tourneur qui serait produit par Val Lewton. Je siffle entre mes dents. Salut l'artiste.

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