segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Le Tigre du Bengale

LOUIS SKORECKI 9 MARS 2004 À 23:38

Rappeler que l'homme de Metropolis hésita plus de trois semaines avant de refuser la proposition de cinéaste officiel du régime nazi. Ces quelques jours d'hésitation, même pour un Juif assimilé comme Fritz Lang, durent une éternité.

Une vie, tu veux dire.

C'est ça. On peut dire que tout le cinéma langien, celui d'Amérique en tout cas, porte la trace indélébile de cette souillure, la marque de cette hésitation fondatrice. Les cinéphiles et les chercheurs feraient mieux de ne pas passer leur temps à oublier ça.

C'est comme Renoir, c'est ça ?

C'est ça. Ce n'est pas parce que Lang et Renoir sont deux des plus grands cinéastes qu'il faut oublier ce qu'ils sont. Pas des crapules, mais des types pas clairs. Si tu oublies ça, tu ne comprends rien à leurs films.

Ils font des films pas clairs, c'est ça ?

C'est le contraire. Ils font des films trop clairs. Ils font des films d'une blancheur éblouissante, des films immaculés.

Et alors ?

Un film de Lang ou de Renoir, c'est un coup de couteau.

Des coups de couteau comme ça, j'aimerais en recevoir plus souvent.

Moi aussi. Les films de Lang et de Renoir ont la pureté du crime parfait. A côté, Hitchcock, c'est du pipi de chat.

Mais lui aussi, c'est le crime parfait.

Ses scénarios, pas ses films. Le Tigre du Bengale, c'est comme un sabre qui te transperce. Si tu regardes ça trop longtemps, tu saignes.

Du vrai sang ?

Pas du sang de cochon, couillon. Lang, c'est la trajectoire d'une balle, d'une épée. Tu suis la balle, c'est tout.

Comme Tourneur dans Wichita, c'est ça ?

C'est exactement ça. Lang, c'est presque aussi beau que Tourneur.

Presque ?

Oui.

SKORECKI Louis

TPS cinétoile, 23 heures

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