domingo, 23 de agosto de 2015

Leopard Man

TPS CINETOILE, 0h30

par Louis SKORECKI

Tourneur était un cinéaste discret. Je l'ai assez connu pour dire que sa récente popularité, médiatisation aussi inattendue que prévisible, repose sur un malentendu. Tourneur n'a jamais cherché à plaire, encore moins à faire peur. Il se contentait de faire des films. C'est la chose la plus difficile à penser en ces temps de concepts bâclés et d'autocélébrations. Disons que Tourneur est un Guy Debord (le théoricien, pas le cinéaste qui n'a aucun intérêt), un Debord qui ne serait ni programmatique, ni dogmatique, un puits d'idées poétiques, tout ce que l'homme du situationnisme a rêvé d'être. Jacques Tourneur a traversé sa vie comme un fantôme, une ombre gourmande qui n'aimait rien tant que se faire inviter par Renoir dans sa villa, à Hollywood. Qu'est-ce que le cinéaste célèbre et l'artisan anonyme pouvaient se dire ? Ils ne parlaient pas cinéma. Ils ne se disaient rien. Ils mangeaient en silence, Dido savait y faire, ça leur suffisait. Ils aimaient se rassasier des nourritures terrestres qu'elle leur offrait. Et après ? Une sieste, et c'était reparti.

J'ai toujours pensé que Leopard Man était le plus beau Tourneur. Le plus sensuel, le plus théorique, le plus fulgurant. On peut préférer Cat People (plus simple), Vaudou (plus poétique), Stars in my Crown (plus délicat), ou Wichita, Berlin Express, Out of the Past, l'Or et l'amour... Avec Tourneur, tout est toujours possible. Dans cette filmographie immaculée, Leopard Man brille comme un diamant noir. Il contient tous les autres. L'effroi qui s'y joue est aussi abstrait (une branche qui craque) que charnel (une larme de sang qui coule sous une porte). Ne pas oublier qu'Hitchcock doit beaucoup à Tourneur. Il lui est redevable, mais il ne l'égale jamais. Trop commercial, trop prévisible. Tourneur était un poète, un artiste. A Hollywood, cela a toujours été rare.

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