sábado, 22 de agosto de 2015

Les Amants du Pont-Neuf. Canal+, 1h00.

17/09/1997 à 08h17

SKORECKI Louis

On parle beaucoup de Leos Carax ces temps-ci. Son prochain film, sur lequel flotte une odeur de secret, comme au bon temps de Mauvais Sang, vient de figurer à Cannes en manière de court métrage teasing: on y voit une Catherine Deneuve maquillée baroque qui ne présage, a priori, rien de bon. Ceci dit, sans être un génie, Carax reste un imitateur très doué, ce qui n'est pas rien par les temps de lumpen pastichages qui courent. Lui, au moins, sait recycler avec talent ses souvenirs de jeune cinéphile aux «400 coups» pas trop prolétaires. Mais, au-delà de ses talents de pasticheur du Godard première période (Boy Meets Girl est un A bout de souffle maniéré, Mauvais Sang reprendrait plutôt le filon Détective mâtiné de Cassavetes), c'est un jeune artiste de talent. On ne rappellera pas ici le désastre économique des Amants du Pont-Neuf. Sans en référer à l'ombre tutélaire de Stroheim ou même aux catastrophes économiques plus récentes de Cimino (Heaven's Gate), il semble qu'un rien de délire monomaniaque ait poussé le jeune Carax hors de ses rails habituels. Désirant sans doute donner à sa muse, la belle Juliette Binoche, un rôle joliment défiguré, entre Esmeralda et Quasimodo, il a multiplié les gaffes visuelles, faisant de ces Amants au script si prometteur une revisite à peine déviante du bon vieux Roméo et Juliette. Le plus intéressant dans ce film outrancier mais aussi joliment stylisé, ce n'est pas le Pont-Neuf grandeur nature, mais les avancées à peine néoréalistes d'un Carax rohmérien (celui du Signe du Lion, autobiographie fantasmée clodo), prenant peur en même temps que plaisir au portrait de lui en quart-mondiste jongleur que nous donne l'inspiré Denis Lavant. Sentimental et écorché, ces Amants du Pont-Neuf nous regardent au bout du compte, quand même. Arrêtons d'accabler Leos Carax en n'aimant de lui qu'un film sur deux. Il faut juger film par film. Attention, Leos, le peuple cinéphile t'attend au tournant.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog