quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

""Les bienheureux"" de Bergman: asphyxie d'amour

11/03/1995 à 02h16

Arte, 1h10

SKORECKI Louis

Arte, 1h10, téléfilm

On ne voit d'abord que le sol, avec des dalles bien régulières. Puis une silhouette entre dans le champ. Au même moment, tandis que le personnage avance, la caméra s'élève et recule simultanément pour recadrer à la fois le personnage et l'immense église dans laquelle il pénètre. C'est par cette séquence très belle et très abstraite que commence les Bienheureux, un (télé)film que Bergman a tourné en 1985 et qui est inédit au cinéma.

Quand Bergman a annoncé qu'il renonçait au cinéma, il ne s'est interdit ni le théâtre, ni surtout la télévision, et on se rappelle que Fanny et Alexandre (1983) et Après la répétition (1984) étaient au départ des oeuvres destinées au petit écran, comme ce film très singulier, tourné en 1985 et diffusé par la télévision suédoise en 1986.

Quand on entre dans l'église, on s'aperçoit que «l'homme» est une femme. Un couple se forme, elle qui croit en Jésus-Christ, et lui qui s'effondre en larmes. Leur amour, sept ans plus tard, sera devenu asphyxiant. La femme, Viveka, s'est réfugiée dans une paranoïa délirante, éloignant toute présence humaine qui pourrait influencer l'homme, Sune. Harriet Anderson, encore très belle malgré les ravages du temps, compose un personnage glacé, agacé, meurtri, et c'est Per Myberg qui incarne Sune, avec cette élégance toute bergmanienne de ceux qui ont failli embrasser une carrière religieuse. Viveka et Sune s'aiment d'un amour crispé, masochiste, tout en cris et chuchotements.

Quand il s'attarde avec une lenteur un peu solennelle sur un visage fermé, Ingmar Bergman atteint au dépouillement bouleversant des grandes oeuvres.

Louis SKORECKI

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