sábado, 29 de agosto de 2015

Les Cloches de Sainte-Marie

LOUIS SKORECKI 16 OCTOBRE 2002 À 01:25

Ciné Cinéma Classic, 14 h 50.

La grande comédie américaine classique, sophistiquée ou burlesque, aride ou sentimentale, c'est l'oeuvre d'un seul homme, Leo McCarey, par ailleurs l'un des six ou sept plus grands cinéastes du parlant. Sachant que les muets burlesques de McCarey sont des chefs-d'oeuvre absolus, surtout ses miniatures violentes et travesties avec Laurel et Hardy, couple hors norme qu'il contribua à inventer, pourquoi limiter son génie au seul cinéma parlant ? C'est que l'art et la manière de ce prince de la comédie romantique ne se fondent que sur les dialogues, des dialogues faits de silences et de mots, mais surtout de mots. Connaître par coeur les tirades amoureuses des deux versions d'Elle et lui, en particulier la version culte avec Deborah Kerr et Cary Grant, celle dans laquelle Delmer Daves, cinéaste moyen mais dialoguiste génial, exerce sa verve poignante, se conçoit très bien. On connaît bien par coeur la lettre d'amour d'une fiancée de jeunesse, un poème, une chanson. Le cinéma de McCarey parle et chante au coeur. Il ne fait que ça, mais il le fait si bien qu'il ne viendrait à personne l'idée de ne pas s'en satisfaire.

Comme Going My Way, Bells of St Mary's (1945) est une comédie religieuse d'un conservatisme malicieux, jouée avec une délicatesse qui confine au sublime par Ingrid Bergman. «A chaque vision, le film replace le spectateur dans cette zone affective de lui-même où le rire et les larmes communiquent, où la distance entre les personnages et lui s'abolit» (Lourcelles). Quoi de plus craquant qu'une assemblée de nonnes prises de fou rire pendant le discours d'un prêtre (Bing Crosby), au simple motif qu'un petit chat est en train de jouer avec son chapeau ? Il y a des années, à la cantine de la Fox, McCarey me disait à l'oreille (il criait, tout en triturant son oreille abîmée) qu'il voulait seulement «que les gens se sentent plus heureux en sortant du cinéma qu'ils l'étaient en y entrant». Il avait bien raison de crier.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog