sábado, 29 de agosto de 2015

Les Deux Anglaises et le Continent

LOUIS SKORECKI 22 AVRIL 2002 À 23:06

On parlait du métier. De Michel Simon, du petit Luchini, de la lutte des classes. Continuer sur cette lancée, c'est le programme de la semaine. Etre modeste, laisser l'orgueil aux autres. Posons d'emblée ceci : du cinéma, nous ne savons rien. Quand on ne sait rien, on écoute les maîtres, on lit les livres. Luc Moullet est un maître, l'un des derniers, avec Jean-Claude Brisseau, à avoir deux, trois idées personnelles sur le cinéma. Ça ne les empêche pas, ces deux cinéastes de la décentralisation éthique, de savoir aussi faire de beaux films, des films-surprises. «Les acteurs de cinéma sont toujours maudits.» C'est la première phrase de Politique des acteurs, l'ouvrage tranquillement révolutionnaire de Luc Moullet, publié il y a presque dix ans dans la belle collection «Essais» des Cahiers du cinéma. Une première phrase comme ça, il faut des dizaines d'années de pratique buissonnière du cinéma pour l'écrire.

Contrairement à ce que croient les petits boutiquiers de la cinéphilie, Jean-Pierre Léaud n'est pas un acteur maudit. Pas plus que Gary Cooper ou John Wayne, en tout cas. Un peu nerveux, peut-être, mais capable de tels élans que l'art de l'acteur s'en est trouvé pour toujours changé. Jean-Pierre Léaud est aussi important que Lee Strasberg. Il ne le sait pas. On dit qu'il admire Al Pacino. Ne sais-tu pas, Léaud, que c'est Pacino qui te doit tout ? Sans toi, le petit Luchini ne serait pas né. Tu as ouvert la voie aux individualistes, aux autodidactes, à ceux qui n'ont ni Dieu, ni maître. Michel Bouquet n'a rien appris à Luchini, tu ne dois rien à Robert Le Vigan. Tu vois, Jean-Pierre, Le Vigan n'est pas le Christ, c'est juste un contre-emploi dans Golgotha. Toi ? Tu coïncides avec lui sur tes vieux jours, c'est tout. Ta jeunesse et ton romantisme sont intacts, c'est un miracle. Tu ne veux pas qu'on te regarde dans les yeux de l'autre côté d'une réplique. Tu as raison. Le lyrisme abstrait des Deux Anglaises et le Continent, l'un des deux plus beaux films de Truffaut, te doit tout. Relis cette phrase si tu tombes dessus. Ce film-là, ce beau film, il te doit tout. Tu inquiètes les films dans lesquels tu te promènes. Ils ne s'en relèvent pas. Nous aussi, on ne s'en relève pas. Pour toujours on t'aime, Jean-Pierre. Pour toujours.

SKORECKI Louis

Arte, 20 h 45.

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