domingo, 23 de agosto de 2015

Les Enfants terribles

Cinécinéma classic, 22 h 15.

par Louis SKORECKI

Caroline était folle de Cocteau. Elle avait été amoureuse de Daney, elle le poursuivait sans cesse de ses assiduités. Il voulait bien lui raconter des histoires de cinéma, mais pas plus. Quand elle a compris que Daney aimait plutôt les garçons, elle a reporté son amour sur Cocteau. Il est si beau, si fin, si futé, soupirait-elle. Mais lui aussi aime les garçons, lui disait David. Ça ne fait rien, répondait Caroline, je suis un garçon. Un garçon manqué, tu veux dire, je disais. Mais non, s'offusquait Caroline, je suis un garçon tout ce qu'il y a de réussi. C'est vrai qu'elle n'a aucune coquetterie féminine, ses joues rouges se laissent volontiers mordre par le vent mauvais, c'est tout ce qu'elle supporte comme maquillage. David, Caroline et moi, on faisait la queue devant le Classik, ce vieux cinéma qui fait dancing le week-end. On allait revoir les Enfants terribles, un Cocteau dont je n'étais pas fou mais que Caroline adorait. Si seulement monsieur Edouard était là, disait David, il saurait nous mettre d'accord.

A peine David a-t-il prononcé son nom que monsieur Edouard déboule comme une flèche. Vous allez voir les Enfants terribles, dit-il d'un ton qui ne souffre aucune repartie, inutile de perdre votre temps, c'est nul. Je trouve qu'il exagère mais je préfère passer mon tour. Tu dis n'importe quoi, dit Caroline en le regardant droit dans les yeux. C'en est trop pour monsieur Edouard. Quand Cocteau fait le poète, dit-il à Caroline, c'est comme s'il décorait des assiettes, je n'ai vraiment pas envie de manger dedans. Caroline lui dit que rien que pour Nicole Stéphane et Edouard Dhermitte, le film vaut le coup. Pfff, répond monsieur Edouard, c'est bouclettes et compagnie. Et la mise en scène de Melville ? demande timidement David. Très «qualité française», répond monsieur Edouard. Ça y est, la queue avance, dit Caroline, mais monsieur Edouard est déjà parti.

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