sábado, 29 de agosto de 2015

Les Quatre Cents Coups

LOUIS SKORECKI 15 AVRIL 2002 À 23:01

L'un des réflexes les plus misérables du nouveau cinéphile, c'est la réévaluation des films. Revoir un film, pourquoi pas ? Mais le réévaluer, c'est lui attribuer une valeur qu'il n'a pas, qu'il n'aura jamais. Un film n'est pas un lingot d'art, c'est un truc qui s'oublie, du vent, de l'air. Au mieux, c'est une chanson sur les lèvres d'un idiot. Réévaluer un film, c'est aussi se surévaluer soi-même, se tromper sur la place d'où se jugeraient les films. On a revu les Quatre Cents Coups, l'autre jour. Il tient le coup, le con. Sentimentalité tantôt déclamée, tantôt chuchotée, musicalité des corps et des regards, naturalisme plus fiévreux que le souvenir qu'on en avait gardé. Le crétin qui lit ces lignes dira qu'on vient de se contredire en signalant d'emblée que ce Truffaut de jeunesse vaut mieux que le souvenir qu'on en avait. Mais non. Un film ne se voit qu'une fois. Après, c'est de l'impressionnisme langagier ou des retours d'affection. C'est la première fois qui est la bonne, tu comprends, petit.

C'est là que ça devient intéressant. Sachant ce qu'on pense depuis la première fois, c'est-à-dire depuis toujours, des Quatre Cents Coups, à savoir que c'est un mauvais film, une approximation de l'état d'innocence, une publicité pour des vêtements d'enfants, qu'est-ce qu'on fait ? Rendre compte d'un film, c'est d'abord lui rendre sa virginité. Faire comme si entre lui et moi, c'était la première fois. Ce coup que je viens de tirer, là, j'en fais quoi ? Ce qui s'est passé à l'instant, ces sensations nouvelles qui brouillent les paroles de la chanson, j'en fais quoi, maintenant ? Tout de suite, j'en fais quoi ? Rendre compte d'un film, de n'importe quel film, c'est faire avec. Qu'est-ce que je viens de dire, là ? Tu n'as pas entendu. Tu veux que je répète. Faire avec, c'est tout. Quand la grosse caméra du jeune Truffaut survole les rues de Paris au rythme merveilleux de la musique gouailleuse de Jean Constantin, les élèves s'éparpillant à vue d'oeil, abandonnant le prof à son jogging, l'émotion vaut qu'on s'y arrête. Albert Rémy en papa bougon, il vaut le coup aussi. Truffaut fait de ce faux père un être maladroit, capable d'une vraie chaleur, à la revoyure. Cette chaleur ratée, cette chaleur du père qu'on a ratée la première fois, il n'est peut-être pas présomptueux de supposer que c'est celle dont l'enfant Truffaut s'est cru privé. Au-delà de la mort, il t'en fait don. Un cadeau comme ça, tu vois, ça ne se refuse pas.

SKORECKI Louis

Arte, 0 h 30.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog