sábado, 22 de agosto de 2015

Les Savates du bon Dieu

03/07/2002 à 00h17

Arte, 22 h 45.

SKORECKI Louis

Brisseau, Moullet, deux noms de code pour ce qu'on persiste encore à appeler «cinéma». On peut aimer d'amour la télévision, mais on ne peut vraiment pas dire que ces deux-là en fassent. Ils voudraient qu'ils ne pourraient pas. Dans ses expériences télé, qu'elles soient documentaires ou fictionnelles, autobiographiques ou distanciées, Luc Moullet ne sait faire que du cinéma. Ouvrier d'une profession qui n'existe plus, il ne cesse de témoigner de son inadaptation foncière au cynisme d'usine. Dans une moindre mesure, qui donne une idée de cette mesure-là, celle de l'artisanat forain, on peut ajouter d'autres noms : Guédiguian, Vecchiali, Dardenne, des travailleurs fidèles à une certaine idée du récit en images qui tient de Lumière et Mizoguchi, Ford et Renoir.

Ils sont les seuls héritiers du seul cinéaste à avoir fait oeuvre depuis un demi-siècle, Rainer Werner Fassbinder. Fassbinder, délaisse le maniérisme, il témoigne de ce que le cinéma, c'est du contenu et rien d'autre. Du rêve, si l'on préfère, dans la mesure où le rêve et le réel, au cinéma, c'est la même chose. L'image, le son, ensuite, ça suit comme ça peut.

Jean-Claude Brisseau ne s'intéresse qu'au spectateur, du moins à ce qu'il en reste. Il ne sait faire que des bons films. Moullet habite près de chez Mizoguchi, du côté de la mise en scène. L'art de Paul Vecchiali, cinéaste irrégulier, tient tout entier dans une pochette de magicien. C'est le cinéma en tant qu'il reste un truc bricolé. Généalogie Méliès, Nazimova, Danielle Darrieux. Guédiguian, comme Grémillon, c'est le coït social, le cinéma radical, l'accent-refuge, les Dardenne, se réservant l'héritage de Lumière, l'acteur en tant qu'il déboule pour la première fois, en tant qu'il entre en gare. On n'a rien dit des Savates du Bon Dieu, sublime mélo hollywoodien, à mi-chemin des Amants du Capricorne et de la Comtesse aux pieds nus. C'est exprès. Dans deux ou trois mois, on verra Choses secrètes, le chef-d'oeuvre de Brisseau, écarté de la sélection cannoise par des professionnels de la télévision filmée qui ne savent plus grand-chose, c'est comme ça, de ce qu'ils persistent à appeler «cinéma».

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