sábado, 29 de agosto de 2015

L'Evadé d'Alcatraz. M6, 20h50.

10/05/1999 à 00h56

SKORECKI Louis

Après ce film, un film quelconque, Don Siegel en tournera encore deux autres, tout aussi quelconques. Puis il laissera filer une petite dizaine d'années à se tourner les pouces dans son ranch, lui qui tournait si vite, si souvent, qui ne ménageait pas sa peine. Ensuite, il n'aura plus qu'à se laisser mourir. Pourquoi, alors, s'arrêter sur cet Evadé d'Alcatraz tellement inférieur à la production siegélienne la plus ordinaire? Pourquoi s'attarder sur cette eastwooderie quelconque, limite grotesque, alors qu'un film presque homonyme, le Prisonnier d'Alcatraz, signé presque vingt ans plus tôt par John Frankenheimer, un cinéaste cent fois moins intéressant que Siegel, vaut mille fois mieux? Pourquoi, pourquoi? Don Siegel savait ce qu'il valait. A deux journalistes français imprudemment amateurs de ses films rapides, l'homme, rieur, confiait sa lassitude. C'était en 1965, l'été de tous les dangers, l'été de la retraite munichoise de Douglas Sirk, l'été de la rencontre moite avec le méchant George Cukor, l'été de Sam Fuller et d'Ed Ludwig chez les petits épiciers sublimes d'Allied Artists. Allan Dwan attendait tranquillement la mort, Raoul Walsh se confiait paresseusement à Claude Ventura et ses complices de Cinéma, cinéma, belle émission mortifère et inutile. Cet été-là, Claude François rêvait d'être cinéaste, Serge Daney rêvait d'être Robert Musil, Jean-Louis Noames grossissait à vue d'oeil, le chroniqueur restait dans l'ombre. Cette année-là, Don Siegel nous disait, avec son accent de majordome anglais, un anglais que Daney ne comprenait pas, qu'il avait, en toute modestie, plus de talent que Stanley Kubrick. Vrai. Vérifié. Siegel jouait les laquais anglais à Hollywood, Kubrick s'anglicisait dans la banlieue londonienne. Deux Américains en mal de respectabilité, en mal d'Angleterre, en mal de légende. Deux morts. Ici, en fin de compte, on préférera toujours le parrain de Clint Eastwood au papa de Lolita (chef-d'oeuvre). C'est pourquoi on reverra son Alcatraz, en y cherchant un rien de rigueur noire, une pépite de bressonisme B, tout ce qui n'y est pas.

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