segunda-feira, 31 de agosto de 2015

L'Homme aux lunettes d'écaille

LOUIS SKORECKI 2 JUILLET 2003 À 23:38

Ciné Classic, 20h45

Entre le plan de la création, celui où opère un cinéaste, et celui de la réception des films, il y a une faille qui va en s'élargissant, et dont plus personne ne semble se soucier. J'ai vu ce film de Sirk (un film médiocre, au demeurant) il y a quelques jours à peine. Sirk lui-même, je l'ai rencontré il y a quarante ans. Se souvenait-il seulement de ce méchant mélo psychiatrique qu'il avait mis en scène treize ans plus tôt ? Il disait juste que «le traitement psychanalytique des affaires criminelles était alors très à la mode». Il disait aussi que Sleep, My Love (c'est plus joli que l'Homme aux lunettes d'écaille) avait eu un grand succès, mais que l'histoire ne l'intéressait pas. «Sans Claudette Colbert, je n'aurais pas fait le film.» Sirk raconte moins de salades que la plupart des cinéastes hollywoodiens, mais, en vérité, Claudette Colbert ou pas, il l'aurait fait, ce film. En 1947, Detlef Sierk n'en est qu'à son quatrième film américain, et il n'est pas en mesure de refuser un projet.

Cela n'empêche pas Claudette Colbert (née en France, en 1905, sous le nom de Lily Chauchouin) d'être l'attrait principal d'un thriller que Preminger (Whirlpool) ou Hitchcock (Spellbound) auraient mieux réussi. Quatre ans plus tard, Douglas Sirk tournera un second film avec Claudette Colbert, Thunder On The Hill, moins fade parce qu'il traite de l'une des seules vraies obsessions sirkiennes, qui se trouve à l'intersection exacte de l'amour et de la religion, et qui fera ses plus beaux mélodrames. En 1963, après avoir dit qu'il admirait Ford, Hawks, Walsh, Lang, Sternberg (belle lucidité, pour l'époque), Sirk disait que le grand cinéma américain était celui des années 1940-45, quand l'influence «littéraire» venue d'Europe ne l'avait pas encore abâtardi. «Les vieux films sont comme les toiles des primitifs, pleins de courage et d'audace. Quand on faisait un film, on cherchait juste à faire un film.» Magnifique, non ? On dirait du Biette.

SKORECKI Louis

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