sábado, 29 de agosto de 2015

L'Homme tranquille

LOUIS SKORECKI 2 MAI 2002 À 23:19

Paris Première, 21 h.

Ce film, on l'aime comme un amour de printemps. On l'aime comme une fille aime John Wayne. Aimer John Wayne, pour une fille, ça ne va pas de soi. Les filles préfèrent George Clooney ou James Stewart. John Wayne, c'est une grosse fille. C'est pour ça que les filles s'en méfient. Un macho, un homme tranquille, mais avec un coeur de fille, un corps de fille. Tu es sceptique. Le dernier cow-boy serait une fille ? Marilyn, alors, c'était un homme ?... Tu vois, ce n'est pas si bête. Marilyn, l'idole des folles, l'icône des travelos. Alors, pourquoi pas John Wayne en grosse fille ? Regarde à deux fois Rio Bravo ­ et tous les rôles de cow-boy à moumoute qu'il enfile à la chaîne après le chef-d'oeuvre travesti de Hawks. Chemise rose et tout. Ce n'est pas une grosse fille, ça ? Quand il tourne l'Homme tranquille, John Wayne n'a pas encore viré sa cuti. Il ne s'est pas encore fait pousser les seins, il ne s'est pas fait opérer. C'est un solide Américain qui aime fesser ses fiancées.

En Amérique, ça ne se fait plus beaucoup de donner une paire de claques sur les fesses à sa femme en public. En Irlande, en 1952, c'était encore possible. C'est pourquoi John Wayne et John Ford emmènent la délicieuse Maureen O'Hara là-bas, là où son mari pourra lui filer une raclée sans avoir l'air ridicule. Des années plus tard, dans Donovan's Reef, John Ford demande une dernière fois à John Wayne de foutre une raclée à une jolie fille (Elizabeth Allen), mais ce n'est plus comme avant. Rien n'est plus comme avant quand on vieillit. Regretter le temps passé, c'est regretter sa jeunesse. Où est-il, le temps où on pouvait taper comme un malade sur une jolie fille sans avoir l'air malade ? Le temps des copains et de l'aventure, des dérouillées sous la pluie, des sentiments catcheurs dans la boue, où est-il passé ? Où ?

Le programme de l'Homme tranquille, c'est de faire de la propagande pour l'Irlande aux yeux du monde. L'Irlande, le pays imaginaire de Ford, sa généalogie triviale, poétique, pittoresque. Faire de la propagande pour son scénario, c'est une des définitions possibles du cinéma, du grand cinéma. Avec l'Homme tranquille, l'un des derniers films de John Wayne avant qu'il ne se silicone l'âme, Ford fait fort. Il a l'habitude.

SKORECKI Louis

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