sábado, 29 de agosto de 2015

L'Homme tranquille

LOUIS SKORECKI 29 OCTOBRE 2002 À 01:34

Cinétoile, 16 h 50.

Il y a quatre ou cinq jours, pas plus, on s'émerveillait du génie politique de Renoir, un génie caméléon mais un génie quand même, celui d'un grand artiste qui sait lancer ses personnages, le gros Charles Laughton, par exemple, dans des discours plus beaux que la vie, et plus grands, en tout cas. Pure émotion, mais ces cinéastes-là, portés par ces acteurs-là, feraient vibrer une salle à la seule lecture de l'annuaire. C'est ce qu'on dit. Ce n'est pas parce qu'on le dit que ce n'est pas vrai. Leo McCarey, plus encore que Renoir, et bien mieux que lui en tout cas (disons au moins aussi bien que Chaplin, pour prendre un repère facile, la ressortie hypermédiatisée du Dictateur, et de son discours fleuve), sait faire chanter les mots des discours jusqu'à plus soif. Le discours fondateur de Lincoln à Gettysburgh sur l'égalité des hommes, ce discours fondateur de l'idée de démocratie, récité dans un saloon à des cow-boys illettrés par un valet anglais expatrié (Charles Laughton dans l'Extravagant M. Ruggles), qui n'y pleurerait pas ? Et de belles larmes, pour une fois ­ l'intelligence ne rendant les larmes ni moins brûlantes, ni moins salées.

Propagande pour un discours, ou pour un scénario, c'est le programme minimum du cinéma. Celui de Ford, en tout cas. Propagande pour les valeurs républicaines de l'Amérique des pionniers, cette Amérique blanche, sévère, qui sait reconnaître la beauté hiératique d'un corps noir dans l'uniforme américain (le Sergent noir), cette beauté presque blanche des Charley Patton, Son House, Skip James, tous ces anciens esclaves qui fondèrent, dans les plantations de coton, et sur 78 tours, ce blues glaçant dont descend, qu'on le veuille ou non, toute la musique populaire d'aujourd'hui.

Il s'agit dans l'Homme tranquille de propagande pour un pays imaginaire, l'Irlande. Pour Ford, c'est un pays rêvé, irréaliste, impossible, où ne pas cesser d'aller à la rencontre impossible d'ascendances plus poétiques que charnelles. C'est un Américain, Ford, pas un Irlandais. John Wayne fait de la propagande pour un scénario d'agence de voyages, pour une visite guidée des pubs où s'étourdir à la bière brune. Ce qui importe, ici, c'est la beauté des prospectus amoureux lâchés au vent. Ford part pour l'Irlande, quelle Irlande ?

SKORECKI Louis

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