terça-feira, 25 de agosto de 2015

Lola, une femme allemande

LOUIS SKORECKI 22 MARS 2002 À 22:41

Arte, à 0 h 35.

Entre un Fassbinder médiocre (Roulette Chinoise) et un bon, quelle différence ? Fassbinder s'est coltiné l'entre-deux, le no man's land où les repères s'estompent, où les doutes s'additionnent sous la pluie. Ici, on rêve plus vite que la lumière. Les personnages fassbinderiens ne sont pas ­ ça repose du cinéma ­ des petits épiciers de la sensation vraie, drogués au réel et à l'exotisme sentimental. Lola, une femme allemande, c'est quoi, au juste ? Une batterie d'improvisations pop à partir de la Femme et le pantin. Il y a vingt ans, le film fut démoli en quelques lignes rageuses par Bonitzer (Cahiers du cinéma), pour faire oublier une critique élogieuse de Lili Marleen parue quelques mois plus tôt. Les jeux du cirque se conjuguent dans Lola... avec le psychédélisme têtu des fumigènes, la chaleur des projecteurs, les visions acides sous la pluie. Une étrange familiarité prend le spectateur à la gorge ­ presque un soupçon surréaliste. Le film vaut d'ailleurs largement Cet obscur objet du désir (Buñuel, 1977), énième remake du livre de Pierre Louÿs sorti quatre ans avant celui de Fassbinder. Loin d'être l'icône kitsch qu'Ozon imagine dans Gouttes d'eau... (sinistre entreprise de «défassbinderisation» ­ et le film qui le réconcilie avec la critique, il n'y a pas de hasard), Fassbinder n'a cessé de délivrer ce qu'on appelait dans des temps anciens ­ et pas si bêtement que ça­ un message.

Le message, c'est évidemment l'amour. Mélo militant presque abstrait, Lola... participe d'un cinéma de l'ère atomique. Monstrueusement laid, affreusement beau, âcre et indécidable, comme ses personnages endimanchés, soudain sosies d'eux-mêmes, à la recherche de leur dernière phrase, leur dernier geste, leur dernier rire. Un autre Allemand, Fritz Lang, sut, au seuil de sa vie, se mesurer à cet art de la vignette épique et de l'architecture baroque, quand il décida de faire mourir son cinéma dans les tombeaux d'amour du Tigre d'Eschnapur, zébrure idiote et définitive qui fait de quelques personnages mal colorisés des maquettes pour l'éternité. Lola... c'est Sternberg version disco, avec Barbara Sukowa en soeur presque documentaire de Marlene Dietrich. Dans la pénombre, deux hommes blessés, Armin Mueller-Stahl et Mario Adorf tentent de ralentir l'action à force de regards détournés. Les ritournelles soap de Lili Marleen sont loin. Lola... c'est un nuage, une épure, presque rien. On en sort éberlué. Le cinéma s'y émiette. C'est toujours ça de gagné.

SKORECKI Louis

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