terça-feira, 25 de agosto de 2015

Ma 6-T va crack-er. Canal +, 22h30.

LOUIS SKORECKI 21 SEPTEMBRE 1998 À 10:09

Compliqué. Adorer serait opportuniste, détester serait mauvais signe. Dans ce film indécidable et meurtri s'agitent les ombres de la mort et les tics de la mode. Comment le prendre? Ma 6T va crack-er est un slogan, un rap d'images et de sons, un film littéralement incompréhensible. C'est ce qui fait sa singularité et sa force, ses limites, aussi. Entre la jolie mièvrerie du début et de la fin (Virginie Ledoyen en égérie révolutionnaire, sorte de Chinoise tardive échappée d'un Godard daté) et ce qui cimente ce film tendrement banlieusard, une sorte de mur d'images et de sons qui ricochent les uns sur les autres, où danser? Pas de place pour le spectateur dans ce film qui se regarde rire froidement. Et c'est tant mieux, serait-on tenté de dire. Ma 6T va crack-er déraille sur elle-même, comme un disque rayé, une histoire scratchée, un voice over de dialogues codés, mâchés, remâchés, malaxés, noués. C'est une histoire dont la douleur est le personnage principal, une douleur qui s'offre même d'obscènes ralentis, comme un hommage tardif à Super Jaimie. Comme si Hollywood et ses clips avaient contaminé la banlieue. Ici se nouent des amours contre nature, entre une tentation soviétique (le montage court, décalé, eisensteinien) et une mcdonaldisation du cerveau, véritable hamburger idéologique qui contraste avec les slogans révolutionnaires qui éclatent un peu partout comme des flammèches de mauvais goût. Sous sa casquette, le regard de Jean-François Richet est muré. Il a pris les dollars de plusieurs chaînes de télé, mais ces dollars se sont transformés en bastons. En paroles chuintantes. En insultes irrécupérables. En armada méchante. Sa banlieue est invendable. Même pas moche. Même pas méchante. Surtout pas «incomprise». Un pays psychotique, loin de tout, près de rien, entre croisades païennes et replis profanes. Un pays sans frontières où la frime sert de mot de passe et où les mots ne sont pas faits pour s'écouter. Là où la vitesse règne, mieux vaut se garer vite fait si on ne veut pas se transformer en oeuf sur le plat.

SKORECKI Louis

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