domingo, 23 de agosto de 2015

Man Hunt (2)

CINECINEMA CLASSIC, 18 heures.

par Louis SKORECKI

Espionnage, violence, ambiguïté, on est dans un drôle de territoire. Un peu langien, mais pas tant que ça. Un peu stevensonien, mais pas tant que ça. Le film est-il trop romantique, trop mankiewiczien ? Trop fade ? Ou juste trop hollywoodien ? Man Hunt raconte l'histoire d'un Allemand qui veut tuer Hitler, et qui le rate de peu. Le film est violent, ambigu, romantique, il est aussi plus que cela. Fritz Lang était plus proche de l'idéologie fasciste qu'il ne voulait l'admettre. Par sa femme d'abord, Thea von Harbou, hitlérienne des premiers jours, dont il ne s'est séparé que très tard. Par sa situation de cinéaste, par sa culture de classe aussi. Il n'est devenu juif que quand on l'a accusé de l'être. Encore a-t-il menti pendant des années, les cinéphiles et les historiens acceptant comme lettre à la poste son fameux refus à Goebbels de devenir cinéaste officiel du régime. «C'est nous qui décidons qui est juif et qui ne l'est pas», lui aurait dit Goebbels. Lang aurait fui l'Allemagne en train le soir même.

Je l'ai toujours soupçonné d'avoir inventé cette histoire. Trop beau, trop rapide, trop scénarisé. Un jour, un historien plus méticuleux a retrouvé le passeport de Fritz Lang. Le visa prouvait à l'évidence qu'il avait hésité plusieurs semaines avant de refuser l'offre nazie. J'aurais préféré me tromper. Dès son arrivée à Hollywood, Lang a passé son temps à effacer cette faute originelle (on dit aussi qu'il a tué sa première femme, mais c'est une autre histoire), sous des tonnes de culpabilité scénaristique, jusqu'à son film le plus autobiographique et le plus beau, l'Invraisemblable Vérité. Lang n'y est jamais tout à fait, dans ses films américains. Il rêve à une Walkyrie d'une blondeur aveuglante qui le prendrait par la main pour le conduire sur la lune. Il rêve même qu'il a voulu tuer Hitler.

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