sábado, 22 de agosto de 2015

Mars Attacks! Canal +, 22 h 30.

04/09/1998 à 11h09

SKORECKI Louis

Ici se poursuit, de manière on l'espère moins emphatique que pour les grands films d'antan, une réflexion occasionnelle sur le cinéma qui se fait aujourd'hui. Avec Mars Attacks!, on est d'emblée dans l'emphase, la grandiloquence, le «génie», tout en restant dans la modestie bricolée du cinéma commercial d'hier, celui qui réussit encore, de temps en temps, à ressusciter les belles messes du cinéma classique. Chez Tim Burton, on est toujours du côté des stridences (Edward aux mains d'argent) et du gothique bricolé (le premier Batman et son Joker schizo), confortablement installés, en somme, dans l'inconfort même. Au contraire de son double et son aîné, Steven Spielberg, Tim Burton joue volontiers avec l'idée d'alien ou d'autre étranger, préférant l'effroi devant la différence à un amour convenu pour des êtres qui ne font même pas hiatus avec nous. Aussi surdoué que SS, aussi mal coiffé que lui, TB fait heureusement des films, et pas des téléfilms, comme on s'en rend compte dès les premières secondes de Mars Attacks!: du côté de l'Amérique profonde, dans un paysage mormon de western finissant, des chevaux en feu défilent en troupeau à peine affolé, entres réminiscences Dovjenko et fulgurances Paradjanov. Avant même que les soucoupes volantes ne zèbrent le ciel, avant même que le générique ne défile astucieusement, les grandes ressemblances lyriques entre URSS et Etats-Unis, disons entre Ford et Eisenstein, sont revisitées d'instinct. Bientôt, les contre-emplois baroques (le Joker Jack Nicholson en président rogercormanien, Pierce Brosnan en James Bond baba, etc.) court-circuiteront un scénario trop touffu, bourré jusqu'à l'overdose de citations cinémaniaques, et heureusement habité par une méchanceté martienne absolue qui nous change d'un quart de siècle trop gentiment spielbergien.

La bêtise américaine soulage souvent des inepties trop intellectuelles venues d'Europe, entend-on souvent dire dans certains milieux «cinéphiles». Quand on sort d'un film de Tim Burton, on se dit que c'est hélas! vrai.

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