quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Mouchette. Ciné Cinéfil, 20h30.

Par Louis SKORECKI — 30 septembre 1996 à 10:15

Robert Bresson, avec son style épuré et ses acteurs non professionnels, aura plus influencé le cinéma français que quiconque. On n'a pas encore saisi à quel point sa dédramatisation radicale du moindre acte aura à la fois séduit et horrifié. Seule une infime partie du public a accepté un cinéma si extrême, qui aura quand même su, on ne sait trop comment, obliger le cinéma commercial à styliser le jeu de ses acteurs.

Mouchette, réalisé en 1967, fait partie des chefs d'oeuvre tardifs du maître. C'est une adaptation minimaliste d'un roman de George Bernanos qui décrit la triste vie d'une fillette de 14 ans. Nadine Mortier prête son corps rond de petite femme précoce à la pauvre Mouchette, coincée entre un père alcoolique (Paul Hébert) et une mère malade (Marie Cardinal).

Un jour, Mouchette prend un raccourci pour rentrer de l'école et l'orage la surprend dans les bois. On voit la pluie qui pénètre ses vêtements, son pauvre corps qui se trempe jusqu'aux os. Elle est surprise par un braconnier, Arsène (Jean-Claude Guilbert) qui l'emmène dans un abri. Toutes les scènes entre Mouchette et Arsène sont admirables de retenue. Elle lui essuye la bouche quand il a une crise d'épilepsie, elle chante pour lui de sa pauvre petite voix maladroite, elle le couve du regard. Plus tard, quand Arsène se jette sur elle pour l'embrasser, elle ne résiste pas longtemps. Mais quel pourra être le sort de Mouchette après qu'elle ait connu ce drôle d'amour?

Après le viol consentant de Mouchette, on revoit rétrospectivement tout ce qui la sépare des autres filles de l'école. Coincée entre sa mère agonisante et une maîtresse sadique, elle porte ses pauvres vêtements collants comme une punition charnelle. Avant la scène d'amour brève et brutale comme une ellipse, elle se cache sous une table. Elle ressemble alors à une de ces petites filles de Balthus à l'érotisme à fleur de peau qu'il peint aussi cachées sous des tables. L'amour chez Bresson aurait-il à voir avec la peinture? Séchement représenté, il a la fulgurance du trait, la violence d'un coup de pinceau, l'élégance d'une esquisse.

Louis SKORECKI

Nenhum comentário:

Arquivo do blog