sábado, 22 de agosto de 2015

Nos funérailles. Canal +, 21 heures.

25/09/1998 à 10h28

SKORECKI Louis

Avant de voir ce film, c'est-à-dire juste après l'émission Allons au cinéma ce week-end sur la chaîne cryptée, on sera déjà fatigué. Une demi-heure de vulgarité promotionnelle signée Giordano, Forestier, Lavoignat, nous aura complètement coupé l'envie d'aller au cinéma. On respire un grand coup, on crache sur le poste, on fait taire les mouettes, on remet le compteur à zéro. S'avance alors, à peine masqué, le fils de Quasimodo et de Martin Scorsese, sans doute en train de se tripoter la quéquette sous son imperméable mouillé: Abel Ferrarra, c'est lui, signe, d'un geste tremblant, sans équivoque, son dernier chef-d'oeuvre rouge et noir. Ça s'appelle Nos funérailles. La critique du monde entier a crié au génie, il y a un an et demi; nous, on soupire à retardement, comme toujours, réservant à une poignée de groupies notre jugement sans appel. A vrai dire, l'affaire commence mal. Humphrey Bogart nous regarde nerveusement dans un noir et blanc insistant, le Gloomy Sunday de Billie Holiday accompagne un enterrement mou. Dans les deux cas, on regrette la version complète. Le thriller d'époque, l'intégralité des séances Columbia de Lady Day. Très vite, c'est pire. Les airs rétros de Christopher Walken, le classicisme déviant d'Isabella Rossellini, le cadavre qu'on maquille, tout s'additionne ici dans un hymne sombre à la belle époque, avec voitures spaghettis et dialogues mitraillettes.

Tragédie cheap, overdosée d'hémoglobine et de bel canto, Nos funérailles se cherche un territoire cérémonieux, bavard et tarantinesque, entre Coppola période Parrain et Arcady parenthèse Grand pardon. Trop de silence, trop de dialogues, trop de reconstitutions, trop de plans serrés, trop de pénombre artistique, trop de violence inutile, trop de gothique de pacotille, trop de macération judéo-chrétienne, trop de tout. Pas assez de quoi, au fait? Pas assez de plans larges et de respiration, pas assez de théâtre, pas assez de vie. L'amour, ici, s'envisage sous le double angle du viol et de la confession, c'est-à-dire d'un double cérémonial emphatique. «Are you stupid? Are you fuckin' stupid?» Oui.

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