quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Oshima, l'anticonformiste décline un siècle de pellicule japonaise. Une histoire très personnelle par l'auteur de «l'Empire des sens»

Par Louis SKORECKI — 21 avril 1995 à 02:36

Arte 22h10, documentaire. «Le cinéma japonais», de Nagisa Oshima.

Quand on connaît un peu le cinéma très anticonformiste de Nagisa Oshima, on se doute que ses cent ans de cinéma japonais ne vont pas un être un banal survol de l'histoire du cinéma nippon. Il ne faut pas s'attendre à des considérations mesurées sur l'oeuvre des trois grands cinéastes japonais, Kenji Mizoguchi, Yasujiro Osu, Mikio Naruse. Ils sont cités très peu et Naruse n'apparaît même pas dans ce documentaire, pourtant passionnant de bout en bout, qui marque le deuxième volet de la série qu'Arte consacre aux cent ans du cinéma.

Sur les violons nostalgiques d'une bande-son signée Takemitsu, on part pour le Journal de voyage de Chuji, un film de 1927 signé Daisuke Ito. C'est un film rare, qu'on croyait perdu jusqu'en 1992, quand des archivistes en découvrirent une copie incomplète. On y assiste à des luttes entre samouraïs, curieusement filmées à travers les interstices du décor. Quand Ito est mort, il croyait son chef-d'oeuvre disparu à jamais.

C'est Oshima qui raconte, en voix off, l'histoire du Japon à travers son cinéma. Il le fait en trois parties, ne prenant la parole à la première personne que pour la seconde partie du documentaire, qui coïncide avec ses propres débuts au cinéma.

On apprend que le cinéma est arrivé au Japon un an après son invention, dès 1896. Les premiers films sont des adaptations de pièces de théâtre kabuki et il faut attendre pour que le cinéma abandonne cette voie étroitement théâtrale. Le grand tremblement de terre qui dévaste Tokyo en 1923 inspire quelques mélodrames larmoyants.

On voit encore quelques sublimes extraits du Journal de voyage de Chuji, et Oshima explique que ce film porte les fruits des rêves et de l'amertume du jeune Ito, qui, à 29 ans, écrivait depuis des années des scénarios de commande sans jamais avoir pu choisir ses sujets. Avec ce Journal, le Japon a donné naissance à son premier cinéaste individuel.

Teinosuke Kinugasa appartient à la même génération qu'Ito. Il débute en jouant des rôles de femmes dans des films historiques, avant de réaliser deux films marqués par une forte influence européenne. La guerre contre la Chine va donner une nouvelle orientation au cinéma japonais. Seul film d'Ozu mentionné ici, Gosses de Tokyo (1932), chef-d'oeuvre du muet: Oshima y voit enfin la vie de l'individu au sein du foyer et la naissance d'un premier âge d'or du cinéma japonais, auquel il rattache aussi l'Elégie de Naniwa (1936), de Mizoguchi.

Cette année 1936 voit aussi le pays s'acheminer vers le militarisme. La guerre contre la Chine devient totale. La situation empire encore avec une loi sur le cinéma calquée sur la réglementation nazie. Kajiro Yamamoto réalise des comédies qui plaisent au public pendant cette période sombre. Ce sont le plus souvent des parodies de films historiques.

Alors que la guerre devient mondiale, Yamamoto réalise un film de propagande larmoyant, la Guerre navale de Hawaï à la Malaisie (1942), une innovation en matière d'effets spéciaux visuels, qui donneront naissance après-guerre à la série des Godzilla.

Hiroshi Inagaki réalise en 1943 Matsu le Bandit, qui fait pleurer le Japon pendant la guerre. C'est l'histoire d'un conducteur de pousse-pousse et de son dévouement pour une veuve d'officier. La simple suggestion du désir, même secret, entre un homme de condition modeste et une femme d'officier, scandalise les censeurs qui mutilent le film.

Je ne regrette pas ma jeunesse, le premier film d'après-guerre d'Akira Kurosawa, réalisé en 1946, est une critique acerbe des autorités avant et pendant le conflit, et il porte l'espoir d'une vie meilleure. En 1951, Kurosawa triomphe à Venise avec Rashomon. C'est le deuxième âge d'or du cinéma japonais que l'Occident découvre enfin.

Le Jardin des femmes (1954) de Keisuké Kinoshita décide le jeune Oshima à devenir cinéaste. Extraits du scope couleur criard des Contes cruels de la jeunesse (1960) et naissance de la Nouvelle Vague japonaise. Oshima fonde sa propre société de production et y voit l'aube d'une ère nouvelle, celle des individus plutôt que des grands studios.

On connaît mieux les films qui suivent, ceux d'Immamura, de Terayama, les documentaires militants d'Ogawa, les films d'Oshima coproduits avec des capitaux européens. Oshima boucle son studieux itinéraire par les quelques films qui, selon lui, sont porteurs de nouveauté. Quand le documentaire se termine, on a réellement l'impression d'avoir voyagé dans la mémoire d'un cinéma japonais riche en mutations et en bouleversements et qui continue à innover.

En 1951, Kurosawa triomphe à Venise avec Rashomon. C'est le deuxième âge d'or du cinéma japonais que l'Occident découvre enfin.

Nagisa Oshima. Dans ses cent ans de cinéma, il cite à peine les trois «grands», Mizoguchi, Osu et Naruse.

Louis SKORECKI

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