domingo, 23 de agosto de 2015

Pat Garrett et Billy le Kid

Cinécinéma classic, 13 h 45.

par Louis SKORECKI

Monsieur Edouard n'aime pas Dylan. Il déteste le culte des morts, comme il dit. Mais Dylan n'est pas mort, s'étonne Caroline. M'en fous, répond-il, je ne veux pas ressembler à ces tarés de dylaniens du troisième âge. Ils sont tellement mal habillés, en plus. Depuis qu'il a revu Pat Garrett et Billy le Kid, il est remonté. Je n'aime pas Dylan, répète-t-il en fulminant, mais la doublette Peckinpah-Dylan, c'est trop pour moi. Moi aussi, je déteste Peckinpah, mais je n'ose pas lui dire. Caroline est la seule à ne pas s'en laisser compter. Vous exagérez, monsieur Edouard, finit-elle par dire, les premiers Peckinpah sont superbes, Coups de feu dans la sierra par exemple est d'un classicisme parfait. Un classicisme à la mords-moi-le-noeud, lâche monsieur Edouard. On l'a quand même considéré comme l'héritier de Ford, je dis timidement, regrettant immédiatement mes paroles. Trop tard. Les cinéphiles n'ont pas été dupes, hurle monsieur Edouard, ils ont tout de suite pigé que Peckinpah, c'était du sous-cinéma, du sous-Ford. Le Tang, ce n'est quand même de l'orange, dit-il, en s'approchant dangereusement de moi.

Le silence qui suit dure une éternité. J'ai l'impression de m'être absenté du monde. La voix de monsieur Edouard me fait atterrir brutalement dans le désert du réel. Peckinpah, c'est un zoomeur fou, crie monsieur Edouard, un Leone américain, un point c'est tout. Vous n'êtes pas d'accord, Caroline? Le sol se dérobe sous mes pieds. Que va-t-elle dire? J'aime beaucoup Pat Garrett et Billy le Kid, finit-elle par dire en détachant chaque syllabe, c'est un film très classique, très fordien, même si c'est un Peckinpah tardif. C'en est trop pour monsieur Edouard. Il tourne les talons et part sans dire un mot.

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