domingo, 23 de agosto de 2015

Pat Garrett et Billy le Kid

LOUIS SKORECKI 26 AVRIL 2002 À 23:10

Au début des années 60, quand il zonait dans le Village avec Pierre Cottrell, Dylan n'imaginait pas ce qu'il allait devenir : la mémoire ambulante de la musique populaire américaine, un crooner tardif, et même un acteur à succès. Le moins étonnant, dans sa métamorphose, c'est la greilmarcusation de son image, sa transformation en roi roots de l'Amérique blanche. Depuis Love and Theft, on sait que Dylan, le vrai Dylan, se trouve plutôt du côté des black minstrels. Du côté de la peur, mêlée de fascination, des petits Blancs pour les Noirs. Il doit y avoir travestissement (du corps et de la musique) pour que ça passe. A travers Emmett Miller, le dernier black minstrel, Dylan rend enfin hommage aux branleurs prérock qui posent en nègres, et aux chanteurs de bordel transformés en preachers (Georgia Tom/T. A. Dorsey).

Si Pat Garrett et Billy le Kid est le moins mauvais Peckinpah, c'est à Dylan qu'il le doit. A sa musique mélancolique en forme d'aubades mexicaines, mais aussi à son apparition dans le film. Il ne joue pas, il est là. Se contenter d'être là, c'est bon pour les grands acteurs (Mitchum) ou pour les légendes. Dylan tisse en direct la toile d'invraisemblance qui supporte sa maladresse extrême, sa maigreur. Il n'a rien à faire, juste être là, au milieu de la rue, au milieu du film, comme un rappel de ce qu'il est. Il est quoi, au fait, Dylan ? Avant de devenir crooner-acteur, on a longtemps cru qu'au mieux, ce nasillard nerveux vendrait des chansons aux autres. Fred Neil, l'ami des virées junky, n'arrêtait pas de le lui dire : «T'es pas un chanteur, toi.» S'il avait su, pauvre Neil, que c'était la version Nillsson de sa belle chanson, Everybody's Talkin'About You, qui allait triompher, et pas la sienne, il aurait fermé sa gueule. Et Pat Garrett ? Et Peckinpah ? Seule la fragilité évanescente de Dylan, aux côtés d'un crooner country moins convaincant, Kris Kristofferson, donne quelque inconsistance au film. Ressortir d'urgence Reynaldo and Clara. Version longue ou version courte, le film est une merveille d'étrangeté symboliste. L'Amérique rigole quand on lui dit que Paul Newman et Bob Dylan sont ses plus grands cinéastes. L'Amérique rigole toujours quand il ne faut pas.

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