domingo, 23 de agosto de 2015

Pat Garrett et Billy le Kid

LOUIS SKORECKI 19 JUIN 2002 À 00:00

TCM, 19 h.

Au début des années 60, quand il zonait avec Pierre Cottrell, s'arrêtant dans chaque coffee-shop pour verser ses ampoules d'amphés dans son café, Dylan n'imaginait pas ce qu'il allait devenir, la bibliothèque d'une Amérique amnésique, et même un acteur à succès. Le moins étonnant, c'est sa conversion en roi roots de l'Amérique blanche, quelque part entre Dock Boggs et Ralph Stanley, c'est-à-dire entre les sillons des 78 tours qui font le sang et la sève d'O Brother. Depuis Love and Theft, on sait que Dylan, le vrai Dylan, se trouve du côté des derniers black minstrels comme Emmett Miller (acheter d'urgence The Minstrel Man from Georgia, oeuvres complètes en un CD du précurseur génial et méconnu de la country, du rock, de la pop music). Les black minstrels, ces petits Blancs du Sud déguisés en Nègres, reflétaient la peur mêlée de fascination pour les Noirs. Au XIXe siècle, il devait y avoir travestissement (des corps comme de la musique) pour que ça passe.

A travers Emmett Miller, l'inventeur du yodel déchirant de Lovesick Blues (auquel Hank Williams doit tant), Dylan rend enfin hommage aux branleurs prérock qui posent en Nègres lascifs, ainsi qu'aux chanteurs de bordel, comme Georgia Tom, sur le point d'inventer le gospel avec ses milliers d'hymnes religieux (Take My Hand, Precious Lord).

Si Pat Garrett et Billy le Kid est le moins mauvais Peckinpah, c'est à Dylan qu'il le doit. A ses aubades mexicaines, sa poisse mélancolique, ses juiveries sentimentales. Dylan ne joue pas. Il se contente de passer dans le plan, raide comme un mannequin, dans un rôle écrit sur mesure pour lui. Se contenter d'être là, c'est bon pour les grands acteurs, Alan Ladd, Robert Mitchum, Bob Dylan. Dylan n'a rien à faire, il se contente de poser son corps malingre au milieu de la rue. «Tu te mets là, tu ne bouges pas.» Il ne bouge pas, Dylan. Pas bête, le chanteur. Se rappeler qu'il a signé un film, un seul, Renaldo and Clara, qui ridiculise tout ce qui se fête au royaume de la cinéphilie, de Cassavetes à Scorsese en passant par Moretti ou Wong Kar-waï. Avec Paul Newman, Dylan est même le seul cinéaste américain d'importance de ces trente dernières années. Tu dis ça, l'Amérique rigole. L'Amérique rigole toujours quand il ne faut pas.

SKORECKI Louis

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