segunda-feira, 24 de agosto de 2015

Police fédérale, Los Angeles

LOUIS SKORECKI 6 FÉVRIER 2002 À 22:02

Qu'est-ce que William Friedkin, expert en courses de voitures (The French Connection, 1971) et spécialiste des effets spéciaux (l'Exorciste, 1973), fait en compagnie des cinéastes qu'on célèbre ici depuis quelques jours, Vincente Minnelli, Kenji Mizoguchi, John Ford? La réponse tient en trois mots. C'est un classique. Un petit classique, mais un classique quand même. Formé à la loi technicienne de la télévision (entre 17 et 27 ans, il signe des centaines de documentaires, de téléfilms, d'émissions scolaires), l'ex-M. Jeanne Moreau peut se laisser aller à une valse si le scénario a le sens du rythme. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que Police fédérale, Los Angeles (To Live and Die in LA) chaloupe comme les films ne savent plus le faire depuis longtemps.

Il se passe une quinzaine d'années entre les succès commerciaux de l'Exorciste et de French Connection, et ce thriller très personnel. Plus habitué à la commande et au cinéma multistyle, Friedkin adapte lui-même l'univers très Jim Thomson du roman de Gerald Petievich. Le résultat est un film étrange et déstructuré, presque désarticulé, dont le beau titre américain dit bien le pessimisme. A partir d'un argument classique, un truc raconté cent fois (deux jeunes policiers décident de venger leur chef, abattu à quelques jours de la retraite), Police fédérale, Los Angeles embarque le spectateur dans une course mortelle, une course en plein jour et en couleurs dont la luminosité contraste avec la noirceur. Sans dévoiler l'arythmie du film, on dira qu'il réédite sur le mode mineur, en le déplaçant vers le milieu de l'intrigue, le terrible basculement inaugural de Règlements de comptes (The Big Heat), chef-d'oeuvre ultra-noir de Fritz Lang (on peut encore trouver le DVD zone 1 pour moins de 20 euros). C'est le genre de scénario auquel s'essayent vainement Mel Gibson ou Bruce Willis dans des versions affadies. Les acteurs portent l'histoire sur leurs épaules comme une croix: Willem Dafoe, bien sûr, mais surtout l'étrange William L. Petersen dont les yeux bleus trouent l'écran à force d'incandescence. Bertrand Tavernier écrit dans Cinquante ans de cinéma américain que Friedkin «n'a pu se décider à rendre le personnage déplaisant, ni à adopter le point de vue (dramatique et moral) qu'une telle option appellerait». Il faut beaucoup de talent pour réussir ça. C'est tout le mal qu'on souhaite à Tavernier.

SKORECKI Louis

Police fédérale, Los Angeles RTL9, 22 h 35.

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