segunda-feira, 24 de agosto de 2015

Police. France 3, 20 h 55.

22/11/1999 à 01h37

SKORECKI Louis

Juger Pialat, son naturalisme, ses effets, son efficacité, sa vitesse, avec les yeux d'un enfant qui jouerait au jeu des sept familles sur une console préhistorique. Plutôt que de voir Police comme un hybride de Renoir et Cassavetes, y chercher les traces prémonitoires de cette énergie interactive qui joue à jouer, au même moment, aux quatre coins de la planète. Savait pas, Pialat, qu'on en arriverait là. Se serait coupé l'oreille s'il avait su. A travaillé à ça, pourtant. Ralentissements, accélérations, contre-emplois. N'y a-t-il pas là comme une estampe au fauvisme pixel, une visite du Louvre en trois coups de pinceau vidéo? Travailler la petite Sophie Marceau au corps, lui tirer des cris de Laura Palmer, des couinements de Lara Croft. Vite, vite, avant que la partie ne soit finie. Déshabiller ses rondeurs, griffer ses joues, flétrir sa jeunesse grassouillette. Un vrai flipper sado-maso, un porno échoué à Barbès, avant le raï, avant la mode arabe, du temps où Jean-Marie le Pen faisait des voix. Richard Anconina n'avait pas encore tourné la Vérité si je mens. On pouvait à la rigueur, à l'extrême rigueur, lui faire jouer un rôle d'avocat. Catherine Breillat n'avait pas encore dirigé Rocco Siffredi, Pialat pouvait réécrire son scénario sans lui demander son avis. Depardieu, lui, n'avait pas eu le temps de grossir comme une patate, ni le temps de maigrir, ni le temps de grossir encore, ni même le temps de jouer Obélisk avec des accents balzaciens. En ce temps-là, Maurice Pialat n'avait pas d'enfant. C'était le Van Gogh du cinéma français et Toscan était son Théo. Aujourd'hui, on attend leur correspondance. On attend surtout de savoir à quels jeux Pialat joue avec son fils. Lui montre-t-il la Maison des bois, son seul feuilleton télé, son meilleur film? Sont-ils allés voir Star Wars? Jouent-ils à sauter d'iceberg en iceberg dans Pingu? Qui gagne? Y a-t-il, là-bas aussi, quelque désespoir à voir les Power Rangers dans l'espace, tous les samedis sur TF1, vers 10 h 20, devenir pendant dix-huit minutes les maîtres du monde? Le cinéma de Pialat était pur jeu, pure énergie. Qu'en reste-t-il?

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