domingo, 23 de agosto de 2015

Prima della Rivoluzione

LOUIS SKORECKI 8 JUILLET 2005 À 02:54

CRITIQUE Cinécinéma auteur, 21 Heures

Un couple plus très jeune. Ils s'aiment, mais moins fort. Ils radotent un peu. Ils s'engueulent beaucoup.

La classe ouvrière, tu te rappelles ? Tu n'as pas oublié ?

Doucement, papa. Le petit dort. Il faut qu'il fasse sa nuit.

Je sais. Mais la classe ouvrière, c'était beau. La révolution, c'était beau.

La quoi ? Tu es très excité, papa. C'est mauvais pour toi. Tu le sais.

Lâche-moi. Avant, c'était quoi ?

Avant quoi ?

Avant la révolution ? C'était quoi ?

Tu oublies tout, papa. C'était l'ère Bertolucci. Prima della Rivoluzione, on disait. Comme le film.

Le film ?

Oui le film.

J'ai oublié.

Après, on chantait. Ciao, Bella Ciao, tu n'as pas oublié, quand même ? On bossait comme des ânes dans cette saleté d'usine. Tu as oublié ? On ne baisait plus.

On baise maintenant ?

Ne change pas de sujet, papa.

On était jeunes, on était beaux.

On était cons, oui. Comme ce crétin de Bertolucci.

Qui ?

Bertolucci, papa. Tu as oublié ?

Un cinéaste, c'est ça ?

Oui. Un auteur.

Un quoi ?

Un auteur. Tu as oublié ?

Un régisseur ? Comme Comolli ?

C'est ça. Enfin presque.

Je me souviens d'un film de lui. La Tragédie d'un homme ridicule. Skorecki disait que c'était son plus beau film.

Il disait que c'était son seul beau film.

Ça me revient. Ah ah ah, Skorecki. C'était le bon temps. Qu'est-ce qu'il devient ?

Il travaille en usine.

Pas vrai.

Pas si fort. Tu vas réveiller le petit.

J'aimais bien Skorecki.

Tu t'énerves, c'est mauvais pour toi. Tiens, reprends une larme de porto.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog