sábado, 29 de agosto de 2015

Purple Rain

LOUIS SKORECKI 16 AVRIL 2002 À 23:03

Qui parle encore du nain de Minneapolis ? Qui pense à lui, à ses furies princières, à son funk moite, à ses pulsions mauves ? On s'arrachait ses singles collector. Ses clips androgynes, on les lisait en cachette comme des bédés salaces. On s'enduisait le corps de ses films caresseurs. C'étaient les années surlignées, ces années d'entre cuisses où les garçons laissaient traîner des regrets Javel entre les jambes des filles et des garçons, dans les passages enluminés des capitales aux senteurs ottomanes. Tout ça s'est enfui, consigné quelque part dans le livre des suppliques publiques et des supplices privés.

La poésie, alors ? Ce truc impossible après Auschwitz, comme disent en choeur gagmen gauchistes et crétins cosmopolites, tous ceux dont se moque, non sans aigreur, le poète Michel Houellebecq dans un articulet désaccordé de telle revue convenable de l'establishment littéraire.

La poésie ? Chantée ou pas, elle te parle. Ecoute bien. Ça vient, non ? Retiens ton souffle et baisse ton pantalon, Prince t'emmène en balade sous la pluie. L'heure est à l'arène pourpre, à l'averse de violettes. Tu t'agenouilles pour ramasser une fleur, il est en collants noirs, perché sur sa moto mâle. Tu es une petite fille, petite, une jolie petite fille. Lui, il te sourit. Il te parle, ses lèvres sont tout près, elles sentent la pisse et le patchouli. Tu ne sais plus où tu es, plus du tout.

Les lèvres des garçons, d'habitude, ça sent le McDo et le Coca. Prince exhale des effluves furtifs. T'a-t-il touché la joue, là ? Même pas. Il se caresse les lèvres maintenant. Il est tout à lui. Dans quel traquenard es-tu tombée, petite, quel délire pétales ? Tu ne connais ni Warhol, ni Bowie, tu es née trop tard. Tu t'éclates au Paradisio, pas chez l'efféminé des vespasiennes, le clown turgescent. Il te fait quoi, là, sur sa moto mauve ? Il te fait Purple Rain. C'était ça, une chanson ? C'était ça, une chanson d'amour ? Tu penses à ton devoir sur Oscar Wilde pour demain, tu ne l'as pas fait, tu paniques. Le nain rose se regarde dans le miroir de tes yeux effrayés, tes yeux de fillette séduite. C'est le portrait craché de Dorian Gray, le fils surdoué de Marc Bolan et de James Brown. Il te regarde de biais, comme tout cinéaste qui se respecte. Il n'a pas signé Purple Rain, mais c'est tout comme. Ces agaceries boudeuses, c'est lui, c'est Prince. Tu as vu comme il embrasse bien ? Avec la langue et tout.

SKORECKI Louis

TCM, 22h45.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog