segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Raging Bull. Canal Jimmy, 22 h 30.

19/03/1998 à 20h25

SKORECKI Louis

On peut se permettre, au vu de sa cote démesurée auprès de tous les courants cinéphiles, de se poser quelques questions sur l'originalité réelle du cinéma de Martin Scorsese. Le reproche le plus criant qu'on pourrait lui faire, comme à son disciple ébouriffé Abel Ferrara, c'est de se contenter de réinjecter de l'énergie pure dans de pâles remakes de quelques fictions hollywoodiennes d'antan. Avant même de passer, pour de bon, au remakage de cinéastes comme Robert Rossen (l'Arnaqueur) ou Jack Lee Thompson (Cape Fear), Scorsese pillait déjà allègrement les joyaux hollywoodiens. C'est ainsi qu'on peut voir dans Raging Bull (1979), pourtant l'un de ses films les plus «efficaces», une mixture pas du tout inédite du second film de Stanley Kubrick (Killer's Kiss, 1955) et du très classique Raoul Walsh (Gentleman Jim, 1942). Entre Walsh et Scorsese, quel rapport? Le premier regarde de loin un Errol Flynn impeccable, le second frôle de trop près un De Niro trop gros, reproduisant à la lettre l'excès de virtuosité d'un cinéaste de l'entropie et de la pure perte, du pastiche envisagé comme identité.

Avec After Hours (1986), on aura heureusement une échappée belle qui tranche avec cette politique d'emprunt et de copie que généralise aussi à sa manière le survolté Brian De Palma. Pour une fois, un scénario scorsesien se confronte au problème majeur du cinéaste, le vide, en prenant ce vide, précisément, comme sujet de film. Outre l'étrange King of Comedy, dernière apparition grinçante d'un Jerry Lewis asexué, c'est le seul film personnel, à ce jour, d'un cinéaste plus préoccupé de virtuosité et de vitesse pure que de romanesque. Parions que sa rencontre avec les fantômes du dalaï-lama sera son oeuvre la plus impersonnelle. Le cinéaste du vide relatif ne saurait rendre compte d'une philosophie du vide absolu, même si c'est sa dernière tentation costumée. A Hollywood, les italiens s'écoutent. A Lhassa, les chinois boxent. A Dharmshala, les tibétains rigolent. Pendant ce temps, à Paris, Robert De Niro fuit les putes.

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