segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Rebecca

LOUIS SKORECKI 31 OCTOBRE 2002 À 01:35

Cinétoile, 2 h 20.

Entre Hitchcock et McCarey, le respect était total. Ils se regardaient, se soupesaient. L'un et l'autre étaient des maîtres dans leur domaine. Pas de concurrence, juste une estime réciproque. Hitchcock savait que les suspenses de McCarey étaient des suspenses sentimentaux, McCarey ne jalousait pas l'humour d'Hitchcock. Chacun son pays, chacun ses marques, chacun ses formules pour faire entrer les spectateurs dans la salle, le plus possible de spectateurs, et les faire ressortir tremblants, le coeur au bord des lèvres (Hitchcock), ou plus heureux qu'avant (McCarey).

Hitchcock (1899-1980) et McCarey (1894-1969) se voyaient souvent. Ils se sont vu encore davantage au tout début des années 50, quand Robert Walker, l'acteur principal de My Son John (McCarey, 1952), n'a rien trouvé de mieux que de mourir en plein tournage. Quelques mois plus tôt, Hitchcock avait eu un joli succès avec l'Inconnu du Nord-Express, avec le même Robert Walker. «Tu connais la nouvelle, Hitch ?» Tout le monde à Hollywood était au courant. «Pas de chance, Leo, pas de chance.» McCarey grimace un sourire : «Avec le travail que j'ai, je n'ai même pas eu le temps de te féliciter. Le film est superbe. Superbe.» Hitch grimace au téléphone : «Je sais ce que tu veux me demander, mon vieux salaud. Tu veux récupérer des plans de l'Inconnu du Nord-Express et les réinjecter dans ton film, c'est ça ?»

Hitchcock était un grand technicien. McCarey, aussi. Le premier savait que le second n'aurait aucun problème pour bricoler les scènes que Robert Walker ne tournerait plus jamais. Le spectateur n'y verrait que du feu. Il avait raison. Hitchcock a toujours raison. Dix ans plus tôt, il tournait Rebecca, son premier essai en terre américaine. Rêve d'amour, rêve de meurtre. Commence la longue litanie des femmes frigides (jusqu'à l'apothéose de Marnie), obsédées à l'idée qu'on veuille entrer chez elles ­ en elles ­ par effraction, qu'on veuille les tuer. Penser aux femmes, depuis le lieu laissé vide par leur absence, dans une apothéose de violons romantiques. De quoi faire une oeuvre, non ?.

SKORECKI Louis

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