domingo, 23 de agosto de 2015

Règlement de comptes (2)

CINéCINéMA CLASSIC, 13 h 10.

par Louis SKORECKI

C'est le roi des thrillers, le prince du film noir, celui qui ressemble le plus à un film couronné. Pas de prix, pas de lauriers, Lang n'a jamais eu besoin de ça. Est-il besoin de rappeler, à l'approche des oscars, que ce sont les plus mauvais films (les plus académiques, disons) qui les ont toujours eus ? L'année la plus pathétique fut celle qui vit hésiter un jury torturé d'angoisse entre le plus mauvais Visconti (Mort à Venise) et le plus mauvais Losey (le Messager). Vous voulez savoir qui l'a eu ? Le Losey. Joseph Losey, rappelez-vous, celui qui osa un remake américain de M le Maudit, le film de Lang le moins transposable, le plus criminel, le plus allemand, et qui fit de son M à lui un chef-d'oeuvre déviant au moins aussi beau que celui de Fritz Lang. Plus beau peut-être.

Règlement de comptes est l'un des films les plus angoissants de l'histoire du cinéma. Il se dynamite d'emblée, il se fait exploser dès les premières minutes. Le film commence à peine à dresser le portrait vénéneux, un portrait très noir, d'une petite ville américaine (complots, corruption), que l'épouse du personnage principal, Glenn Ford, explose dans sa voiture. Adieu Jocelyn Brando, bonjour l'angoisse. Ne riez pas, c'est pire que ce que vous imaginez. De ce premier chagrin, celui qui balafre les nuits et les jours d'un pauvre flic, comment sortir indemne ? La réponse est simple. On ne s'en sort pas. On ne s'en sort jamais. On se soulage comme on peut avec des filles de passage, frôlées du regard. Des filles perdues, damnées, déjà mortes. Ida Lupino par exemple, le visage ravagé d'acide. Elle aura sa peau, à Lee Marvin, le salaud qui lui a fait ça. Non, ne riez pas. Il s'agit de sa vie. Il s'agit de vengeance. Il s'agit de mort. L'amour, la mort, vous vous rappelez ? Non, vous avez oublié. Le vieux Lang est là pour vous rappeler ça. Pas si vieux que ça, en fait. Fritz Lang avait 62 ans quand il a tourné Règlement de comptes. Deux ans plus tard, c'était Moonfleet.

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