domingo, 23 de agosto de 2015

Règlement de comptes

par Louis SKORECKI

CINéCINéMA CLASSIC, 20 h 45.

La revue Trafic, celle de Daney, celle de Biette, publie douze de mes chroniques sur Ford parues récemment dans Libération. A les lire d'affilée, on comprend mieux la pulsion qui me fait écrire. Disons qu'on peut appeler ça la loi des séries. A défaut d'être un serial killer (c'est trop tard), je suis un serial writer. L'expression est de Paul Audi, éditeur aux PUF de mes premiers textes critiques. Peut-être publiera-t-il aussi Dialogues avec Daney. Elle est astucieuse, son expression. En ce qui concerne mon rapport à l'écriture, elle marche toujours. Ce texte sur Règlement de comptes (The Big Heat, 1953) est le premier d'une série de sept, le chiffre du juif qui respecte les chiffres à la lettre. Le lecteur qui consentira, jour après jour, à lire ces sept papiers sur Lang, sera fait comme un rat. Enfin, c'est ce que j'espère.

CinéCinéma Classic programme trois films du plus grand architecte des passions souterraines, des désirs coupables, des amours déviantes, trois films de Fritz Lang parmi les plus beaux, Règlement de comptes, Man Hunt, Moonfleet. Trois chefs-d'oeuvre du film de genre : le thriller, le film d'espionnage, le roman d'aventures initiatique.

On commence par le thriller, Règlement de comptes, l'un des films les plus terrifiants de l'histoire du cinéma. Il se dynamite d'emblée, dès les premières minutes. A peine a-t-il commencé à dresser le portrait d'une petite ville américaine (complots, corruption, noirceur), que Jocelyn Brando, l'épouse du personnage principal, le policier joué par Glenn Ford, explose dans sa voiture. Et le film avec, Glenn Ford avec, nous avec. De ce chagrin inaugural, désespéré, mortel, comment se sortir indemne ? Comment s'en sortir tout court quand on est spectateur ? La réponse est simple. On, pleure, on tremble, on est inconsolable. On ne s'en sort pas. On ne s'en sort jamais.

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