domingo, 23 de agosto de 2015

Robocop. Ciné Cinémas I, minuit.

09/11/1999 à 01h51

SKORECKI Louis

On a déjà dit ici, à propos des sauterelles de synthèse de Starship Troopers, à quel point nous était insupportable l'entreprise verhoevienne de travestissement new-age de l'imaginaire guerrier américain. Cinéaste vaurien, Milos Forman puissance dix, revendeur de stéréotypes usés jusqu'à l'os, Paul Verhoeven est la pire illustration de l'opportunisme des «nouveaux américains», cette nouvelle vague de cinéastes européens qui s'entêtent à trafiquer, avec un cynisme post-wilderien, un supplément d'âme aux valeurs américaines les plus réactionnaires. Quitte à bricoler des monstres, des aliens ludiques, des mutants joyeux, on préférera toujours la transparence absolue d'un George Lucas dont la critique «intelligente» se désintéresse de plus en plus parce qu'il ne donne pas assez à penser, parce qu'il ne fait pas mine de réfléchir sur le côté sombre de la Force, ou autres broutilles pour auteuristes fatigués. Pour donner à penser, sûr que Verhoeven s'y entend, avec ses insectes faucheurs (symboles de mort bergmaniens, ersatz de menace communiste version SF") ou avec son Robocop, mais seulement robot à 99%, ce qui permet au 1% restant (l'exception culturelle, la lueur d'intelligence dans le regard du commentateur") d'y aller de son couplet sur la déshumanisation du monde moderne ou l'angoisse des automates dans un univers impitoyable.

Il ne s'agit dans cette cinéphilisation lyophilisée du cinéma (ses nouveaux auteurs express autant que ses analystes véreux) que d'injecter de la «vie» là où il n'y a que du vide. Mieux vaut le ludisme enfantin d'un Disney, d'un Lucas, que cette crétinerie prétentieuse. Mieux vaut la bêtise, surtout assumée, même avec un sens mondial du merchandising hitchcocko-demillien, que la connerie de ces Européens déguisés en Peaux-Rouges ou en voitures de course qui pensent. L'une des seules questions un peu difficiles qui se posent au «cinéma», c'est la notion de plaisir. Qu'est-ce qui détermine un enfant (ou l'enfant en nous) à choisir Disney, Lucas ou les Power Rangers? Merchandising? Air du temps? Timing? L'autre est toujours un prisonnier. Qui tire les ficelles du désir?

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