sábado, 29 de agosto de 2015

Rome, ville ouverte

LOUIS SKORECKI 16 MAI 2002 À 23:29

Arte, 22 h 45.

Le néoréalisme, c'est Rossellini. Oublier les jolis cireurs de chaussures de De Sica et les documentaires princiers de Visconti. Il n'y a que Rossellini. Il n'y a que Paisa, Allemagne année zéro, Rome, ville ouverte. ça ne veut pas dire qu'un prénéoréalisme n'ait pas existé, une sorte de néoréalisme sauvage, celui de Pagnol, celui du seul film pagnolien de Renoir, Toni, tourné dans les studios du maître, à Marseille. Le néoréalisme, c'est un naturalisme hagard, à la liaison du documentaire tremblé et de la fiction, volé à ses acteurs. L'acteur, ça lui fait mal. C'est un effet de réel, arraché à une actrice consentante. Un sac volé en pleine rue, en une fraction de seconde, à une vieille dame. Néoréalisme, cinéma voyou. Dans Rome, ville ouverte, le néoréalisme c'est une superstar, Anna Magnani, jetée à la rue. Jetée à la rue, l'expression est à prendre au sens propre. Cinéma du social, de l'âpreté sentimentale, du premier degré.

Preminger naît au cinéma avec Laura. Pour Rossellini, Rome, ville ouverte c'est pareil. C'est son cinquième long métrage, mais c'est son premier film. Preminger, Rossellini, un seul cinéma. Cinéma du fantastique social, de l'irruption de la poésie, de l'ultraréalisme. 1945, Rome, ville ouverte, 1944, Laura. Un an, une seconde dans l'histoire du cinéma. Dans leur vie privée, Rossellini, le séducteur chrétien, et Preminger, le Pialat juif, traitaient les femmes, les actrices, avec une incroyable dureté. Preminger a failli rendre folle Jean Seberg, Rossellini trompait Ingrid Bergman avec une inconscience qui frisait le sadisme. Le néoréalisme, Rossellini l'a inventé sans y penser, comme on allume une cigarette. Besoin pressant d'en griller une. Sur Paisa, il change le cours de l'histoire du cinéma parce qu'il ne veut pas transiger avec son désir. A la fin du film, un franc-tireur est exécuté. Scène filmée de loin, de très loin. D'où vient ce dispositif, impensable dans le cinéma d'après-guerre ? L'anecdote vaut le détour. Rossellini voulait coucher avec son actrice, il était pressé d'en finir. Les lumières claquent, le tournage va s'éterniser. En une fraction de seconde, Rossellini change le plan de travail. L'exécution du franc-tireur, prévue en plein jour, en plan serré, il va la filmer de loin, dans l'obscurité. Au cinéma, plus rien ne sera comme avant. La fille valait-elle le coup ? Vous avez de ces questions.

SKORECKI Louis

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